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ATFC

janvier 16, 2010

 ”Aydin The Funky Chile” is in the house

Le DJ et producteur ATFC (un nom mal connu du GRAND public mais bien connu dans le milieu de la house music), est le gars à qui l’on doit “Bad Habit” et “Sleep Talk”. Si vous êtes DJ, vous devez certainement avoir fait tourner l’un de ses albums sur vos platines ou assisté à l’un de ses sets enflammés. Après 15 ans de carrière, Aydin The Funky Chile (ATFC, donc) continue de repousser les limites de la dance music avec un son toujours aussi inventif et novateur.

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Il n’est pas surprenant que ATFC ait été sélectionné par le label anglais, Defected Records, pour enregistrer leur nouveau mix orienté dance floor (comme d’hab) intitulé, London 10 ; une soundtrack incarnant le meilleur du son underground londonien. Après tout, le gars a vécu là-bas toute sa vie et connaît cette scène sur le bout des doigts.


Question : On sait que tes productions sont arrivées en tête des sélections Beatport, mais pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ta musique, peux-tu résumer ton travail en évoquant quelques-uns des points culminants et les plus grandes réussites de ta carrière (sans être trop modeste, stp !!)

ATFC : Je pense que ma plus grande réussite est d’être toujours présent sur la scène danse ! En 15 ans de carrière, j’ai vu défiler beaucoup de DJs et de producteurs. Je me demande souvent «où sont-ils maintenant ?», puis je me prends la tête entre les mains quand je réalise qu’ils ont sûrement dû être contraints à trouver un «vrai» boulot ! Perso, ça me tuerait ! J’ai essayé de m’adapter aux différentes modes musicales sans toutefois trop me pervertir, et je pense que c’est la clé… s’adapter sans se prostituer ! J’ai eu trois titres dans le Top 40 des charts anglais… je fais partie d’une race en voie d’extinction ! Je dirige depuis plusieurs années un label prospère (Onephatdeeva) et ai «deejayé» aux quatre coins du monde (Sydney, Miami, Minsk, etc)…


Question : Tu as déclaré dans une interview : «je trouvais que la house music était de la m**** jusqu’à mes 23 ans»… Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

ATFC : Pour moi, «house» était vraiment un vilain mot jusqu’à mes 23 ans. Il y avait deux salles dans la boîte de nuit dans laquelle j’avais l’habitude d’aller ; la salle principale, où officiait Trevor Nelson et où j’ai découvert Big Daddy Kane, Public Enemy, les classiques de la soul et de la funk, etc, et la deuxième salle, plus petite, où je passais en coup de vent pour aller aux toilettes et où officiaient des gars comme Nicky Holloway ou Judge Jules. Cette salle était peuplée de queues-de-cheval, de gants blancs et de t-shirts d’acid-house, et je détestais… probablement parce qu’à cette époque je ne prenais pas de drogues et ne buvais même pas d’alcool. J’étais tellement orienté hip-hop et «black culture» que la house me paraissait être l’antithèse de tout ce que j’aimais. Puis, littéralement d’un jour à l’autre, j’ai compris cette musique. Je mixais dans la petite salle du fond où j’avais une résidence (au Bump ‘n’ Hustle à Bournemouth), et j’ai pris pour la première fois un «disco biscuit» (de la drogue, quoi) et ai décidé de m’aventurer dans la salle principale où mixaient Simon Dunmore et un gars de New York appelé, Larry Pena. Je me suis éventuellement retrouvé à délirer comme un malade au son de “Beautiful People” de Barbara Tuckers. Un interrupteur s’est allumé dans mon cerveau et est resté sur le mode «on» depuis ce jour-là.

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Question : Comment se fait-il que tu n’aies pas sauté dans le wagon de la house minimaliste ou l’un de ses autres sous-genres, et que tu sois resté si fidèle au son de la «pure» house music ?

ATFC : Eh bien, comme cette question le sous-entend, la «pure» house music est une pierre angulaire, le point de départ de tous les autres styles. Donc, dans un sens, j’ai sauté dans de nombreux wagons, peut-être pas de façon évidente, mais toujours en restant dans le royaume de la House (avec un grand «H»). Je ne me suis jamais trop éloigné de la ligne conductrice, de l’essence même de la house, et c’est justement là que tu as le plus de chance de plaire à la plupart des gens. J’espère que tous les DJs de tous les bords ont joué un disque de ATFC au moins une fois. Durant toutes ces années, j’ai taquiné l’électro, la minimale, le disco, la tribal, la deep house, etc, mais sans jamais plonger dedans entièrement. Je crois qu’à partir du moment où un producteur change complètement de style, il perd non seulement une grande partie de ses fans, mais il attire également des murmures de suspicion de la part des fans du genre qu’il essaie d’imiter. Il est préférable de prendre les meilleurs éléments de plusieurs styles et de les remanier à sa façon. De cette manière, tu crées ton propre son et tu plais à plus de monde, et à toi inclus.


Question : À ton avis, pourquoi Londres joue-elle un rôle aussi important au niveau de la scène internationale ?

ATFC : Il est évident que Londres a une influence énorme sur le reste du monde, et ce, à pratiquement tous les niveaux, et il est donc normal que cela s’applique également au domaine de la musique. C’est l’une des villes les plus cosmopolites et diverses au niveau culturel, et la capitale de l’un des pays les plus influents au monde.


Question : Peux-tu nous parler des DJs londoniens qui furent les plus influents et qui contribuèrent à l’élaboration de la scène house d’aujourd’hui ?   

ATFC : Eh bien, je peux seulement parler des DJs qui m’ont influencé personnellement… Pour ma part, donc, lorsque je repense à la scène londonienne de l’époque, je dois évidemment évoquer les DJs de Kiss FM qui étaient principaux protagonistes. Tous les styles de dance music étaient représentés et, parque ils étaient payés une misère, tous les DJs allaient de l’avant et organisaient des soirées clubbing dans toute la ville. Tous les grands noms, tel que Norman Jay, Gilles Peterson, Danny Rampling, Trevor Nelson, Judge Jules, Tim Westwood, Fabio & Grooverider, Bobby & Steve, Soul 2 Soul, etc, organisaient leur propre soirées et étaient les pionniers de la scène clubbing londonienne. Tu remarqueras que je n’ai pas mentionné Pete Tong, parce que je ne pense pas qu’il organisait des soirées à cette époque et je ne le considère pas comme un « simple DJ londonien »… il a une envergure plus nationale.


Question : Tu as rendu un énorme service à la scène house durant ces dix dernières années ; comment décrirais-tu l’évolution de ton son durant toute cette période ?

ATFC : Mon ‘son’ est devenu plus « dur »… et c’est en grande partie le goût du public qui a dicté cette évolution .. J’ai une famille à nourrir tu sais ! Donc même si je n’ai jamais complètement cédé mon âme au démon « de la tendance », il a fallu que je fasse des compromis. Par ailleurs, j’avais aussi l’habitude de baser mon travail sur beaucoup de samples, ce qui est devenu plus problématique de nos jours. Aujourd’hui, presque tous mes albums sont à 100% le produit de mon propre travail. Il m’arrive de faire des reprises d’autres disques, mais rarement d’utiliser des amples. D’autres part, l’aspect technique de mon travail a aussi sensiblement changé. Avant j’avais un studio avec un «vocal booth» à l’acoustique parfaite, et avec du matos hyper cher et sophistiqué.. et puis j’ai été frappé du «kitchen sink syndrome» (syndrome de l’évier de cuisine) et mes albums étaient très «chargés», bourrés de sons… c’était très bien, mais lorsque j’ai déménagé en Espagne, j’ai énormément réduit mon équipement et suis revenu aux choses de base. C’était juste moi, un clavier et un Mac. Si tu écoutes la musique que j’ai produite ces deux dernières années, je pense que tu remarqueras que j’ai passé plus de bon temps au soleil.


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Question : À ton avis, penses-tu qu’il y a une soudaine résurgence de la house disco ? Le titre “Reboot” sur la compilation en serait un bon exemple…

ATFC : Eh bien, il y a ce titre et “Pitto” aussi. Mais je ne sais pas. Si tu veux dire que le sampling de disques disco revient à la mode, je ne pense pas, principalement pour la raison que j’évoquais tout à l’heure . Le sampling est devenu plus compliqué et la plupart des meilleurs disques disco ont d’ores et déjà été «rincés». Par contre, en ce qui concerne les «vibes disco», c’est un autre sujet, et je ne pense pas non plus qu’elles fassent leur retour. D’autre part, l’avance technologique au niveau de la musique qui a eu lieu ces dernières années a fait que quiconque possédant un laptop peut faire un disque. Les producteurs avec moins de savoir-faire et de talent feront de la musique plus sombre et plus hard parce qu’à mon avis c’est plus facile. Faire un disque joyeux, subtil et «uplifting» implique beaucoup plus de travail et d’expérience. Du coup, le marché s’est retrouvé inondé de musique morose. Je pense que les clubbers, et plus particulièrement les femmes, ont décidé qu’il était temps que la musique nous rende de nouveau heureux. Pour la première fois depuis longtemps, on m’a demandé de jouer de la musique avec «plus de vocaux», et bien qu’actuellement il n’y ait toujours pas beaucoup de bonnes chansons, lorsqu’il y en a une qui sort du lot, comme “Hey Hey”, tu peux voir l’impact qu’elle a sur les dance-floors et les charts (en download). Cela veut dire que le public est en demande de ce genre de musique.


Question : Parle-nous de tes propres productions que tu as incluses dans ce mix ainsi que de la toute nouvelle compo d’ATFC ?

ATFC : En fait, ce mix contient seulement deux de mes productions ; “The Conversation” et “Computer Love”, et aussi quelques remixes. C’est peu comparé aux mix d’autres DJs/producteurs… mais peu importe, ces reflètent bien ce que je joue dans les clubs. Je pense que tous les titres que j’ai sélectionnés ont quelque chose du «son ATFC», que ce soient mes prods ou celles d’autres producteurs. Le titre “Computer Love” fait partie des nouvelles productions que je sortirai prochainement sur le label Defected. Cette version n’est qu’une ébauche instrumentale… je suis en train d’enregistrer des vocaux pour la version finale.


Question : Parle-nous de l’état d’esprit dans lequel tu as fait cette compilation, des vibes et des titres que tu as inclus qui fonctionnent particulièrement bien sur les dance-floors en ce moment.

ATFC : Comme d’habitude, j’ai essayé d’en faire une bonne compile à écouter dans sa voiture, en soirée et sur son ipod – il y a aussi deux ou trois titres parfaits pour des «sexy times»! C’est le reflet du travail de ATFC en tant que DJ et producteur, et également de l’esprit du label Defected. “Hey Hey” de Dennis Ferrers était le seul disque qui allait être inclus tout au long du mix. La compilation a été légèrement modifiée au fur et à mesure que de nouveaux titres sont apparus et d’anciens morceaux ont refait surface au cours des semaines. Ce fut assez difficile parce qu’il n’y avait beaucoup disques avec des vocaux décents à ce moment-là et que je devais définitivement en inclure quelques-uns. J’ai dû feinter en faisant des editing spéciaux en utilisant des a capella et des vieux titres afin de créer quelques chose de nouveau en combinant différents éléments. Mon mix de Helvetic Nerds et Juan Kidd & Baumgartner fonctionne particulièrement bien et donne une toute nouvelle orientation à “Now You’re Gone”, de même que le morceau “Reveal” des East Youngs avec l’a capella d’Erick Morillo (du morceau “I Get Lifted”). Le titre “The Conversation” est un autre point culminant du mix qui fut inclus au dernier moment. Le CD 1 est euphorique et bon enfant, et le CD 2 est un peu plus groovy et «dirty». Ce n’est pas une sélection faite uniquement à partir de nouveaux titres super «hot» ou de «classiques» oubliés, mais plutôt une décoction des deux.


Question : Cette compilation contient-elle des titres exclusifs ?

ATFC : En termes d’exclusivités, les edits et mash-ups sont mes armes principales, et il y a  bien sûr, “Computer Love”, le titre “Someday” de Copyright qui n’avait encore jamais été entendu, et “Still Beatin” de DJ Chus & Rob Mirage est aussi une nouveauté…

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ATFC in the house : London 10 (Defected Records) : sortie : février 2010

Interview : Toni Tambourine
Traduction : Marie Cartier
Photos : Richard Bradbury


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