Top

Alexis

mars 13, 2009

Un affranchi « entre Brassens et Yellowman »

Il a pour nom de scène HK, comme les deux lettres du milieu de son nom de famille, Djoshkounian. Sans doute l’une des meilleures plumes méconnues de la chanson française actuelle, Alexis HK revient avec un nouvel album, Les Affranchis. L’occasion de rencontrer ce raconteur d’histoires qui navigue entre humour noir et mélancolie.

alexis_hk-07-by-hrvoje-goluza.jpg

Question : Dans le titre “Les Affranchis”, tu parles des histoires de clans dans le monde de la musique, c’est une fable, mais c’est aussi un peu la réalité, non ?

Alexis HK : Oui, c’est pour faire un parallèle amusé avec le monde des gangsters, mais attention, pas les vrais gangsters, les faux, ceux qu’on voit à la télé ou au cinéma. Dans le monde des chanteurs, chacun a sa petite famille, ses coutumes, ses styles musicaux, ses arrangements. Si on fait de la variété ou du hip-hop, on met pas la même musique derrière ses paroles. Tout ça m’a donc aussi permis de faire un clin d’œil à un film que j’adore, Les Affranchis de Scorcese. En plus, il y a tout une mythologie des gangsters, avec les costards et les bagnoles, qui existe chez les chanteurs. Un chanteur pour évoluer, se fait un look, une image pour être respecté dans son milieu et défendre sa réputation. Donc jouer là-dessus était rigolo ! Moi je fais les choses parce que ça m’amuse. C’est évidemment pas pour accuser les chanteurs d’être des gangsters, mais plus d’être un peu clanique (ndlr : clanique : relatif au clan, à une tribu constituée d’u groupement de familles). Il y a des écoles et des traditions, c’est normal. Tous les chanteurs ne font pas le même métier. On ne peut pas improviser n’importe quel style, si vous ne savez pas jouer de la guitare manouche, c’est pas la peine d’essayer d’être Sanseverino. Il vaut mieux vous trouver un style qui vous convienne mieux. Le milieu n’est pas tellement clanique au niveau des mentalités, il  est clanique de fait, on ne peut pas aller sur n’importe quel « territoire » comme ça.

Q : Et Alexis HK est dans quel clan ?

A.HK : Moi je suis un peu entre deux familles. Je suis dans la chanson française, mais en même temps, j’ai grandi dans des années très hip-hop français avec des groupes phares. J’écoutais aussi beaucoup de raggamuffin quand j’avais quinze ans. Je suis entre Georges Brassens et Yellowman. J’écoutais aussi Bob Marley, et en hip-hop, j’adorais Iam, NTM et MC Solar qui faisait bien la synthèse entre la chanson française et la culture hip-hop. Donc je suis entre tout ça, mais comme beaucoup de gens en France aujourd’hui.

Q : Beaucoup de stars de la musique ont participé au tournage du clip “Les Affranchis” (Charles Aznavour, Olivia Ruiz, Renan Luce, Passi…), est-ce que ça te donne l’impression de changer de statut ?

A.HK : C’est vrai qu’en matière d’image, ça va changer des choses. Maintenant, je n’ai jamais fais la course à la carrière. Ce que j’ai toujours voulu, c’est pratiquer mon métier, que ça me permette d’avancer et de vivre. Donc je ne refuse pas le succès, mais je ne le cherche pas non plus. Je ne sais pas si mon statut a changé.. ça commence à faire quelques années que je suis là, les salles sont pleines, c’est ça l’important. Après, si ça prend d’autres dimensions, tant mieux ! Mais il ne faut pas que ça devienne trop fatiguant, c’est tout.

Q : Sur ce nouvel album, on remarque un changement dans le son ; tu en as eu marre de l’accordéon ?

A.HK : J’en n’avais pas marre, mais c’est un instrument qui prend beaucoup de place, qui donne une couleur perpétuelle à la musique. Par ailleurs, il y a quand même une chanson où il n’y a que de l’accordéon. Mais du coup, ça m’a permis de chercher ailleurs, de faire passer les choses de manière un peu plus douce, parce qu’avec l’accordéon, c’est  toujours dans une émotion assez forte, c’est très marqué.

alexis-hk-4-by-eric-vernazobres.jpg

Q : Autre nouveauté dans cet album, c’est la présence d’autres auteurs…

A. HK : Au fil du temps je me suis rendu compte que ça faisait vivre un album d’avoir différentes sortes d’écriture. J’ai voulu ouvrir un peu tout ça. Comme on me propose souvent des chansons, des disques, je me suis dit que je refuserai pas ce luxe, et j’ai flashé sur “C’est le Printemps” de Nicolas Jaillet. Il a écrit les paroles et la musique, et je lui ait dit que s’il voulait, je la reprenait sur mon disque..  il m’a dit que ça lui ferait très plaisir.  En plus, quand on reprend une chanson de quelqu’un d’autre, on se fait non seulement plaisir à soi, mais on fait aussi plaisir à l’autre. C’est un acte de partage que je voulais faire ressentir sur ce disque. C’est aussi pour ça que l’album s’appelle Les Affranchis. Je me suis affranchi de plein d’idées reçues sur les choses. Avant, je pensais qu’il fallait tout écrire, et puis j’ai compris que la musique n’existait que dans le partage, dans les mélanges.

Q : Il y a aussi des co-écritures, comme “La maison  Ronchonchon” avec Lise Cherhal.. Comment on écrit à deux ?

A. HK : Pour raconter la petite histoire de “La Maison Ronchonchon”, j’étais avec Lise au restaurant, on déjeunait avec des amis qui étaient vraiment de mauvais humeur, et quand on est ressortis, j’ai dit à Lise ; «  c’est un peu Ronchonchon et compagnie cette histoire !” C’est parti de là. Depuis on en rigole à chaque fois qu’on en parle. Et puis un jour, on s’est mis à l’écrire. On propose, un truc, on en lance un autre avec une gratte , un premiers vers, l’autre réagit dessus, et on finit par écrire une chanson. En fait, c’est une véritable partie de ping-pong. C’est ça qui est amusant.

Q : Tes chansons mettent souvent en scène des personnages de loosers ; d’où vient cette fascination ?

A. HK : Ce qui fait le ressort d’une histoire, c’est d’avoir un héros qui a un rêve. Il essaie de le suivre et il est contrarié dans son rêve. Dans sa quête il rencontre un monde parfois violent. J’aime bien ce ressort narratif. Quand il faut inventer un personnage, je préfère un looser tendre ou un mec malhonnête et marrant, plutôt qu’un mec honnête et pas rigolo ou un winner sans pitié. Quoiqu’un winner sans pitié peut faire un personnage intéressant…

Q : D’ailleurs on trouve un winner sans pitié dans le titre “Chicken Manager”, c’est une sorte de fable politique très concrète ; ce registre est assez nouveau pour toi, non ?

A.HK : Oui.. d’ailleurs, cette chanson, j’ai décidé de pas trop en parler en promo… parce que si on en parle trop avant de l’écouter, c’est moins rigolo. Alors voilà, ça s’appelle “Chicken Manager”, et c’est l’histoire d’un coq de combat. Je suis fasciné par le combat en général, et là on prend deux coqs, on les fait se battre et on prend des paris dessus. Tout le monde en a vu, c’est de la violence admise. J’ai trouvé que c’était un bon postulat de départ.

Q : J’ai fait une psychanalyse de comptoir de ton album… je remarque que les premières chansons sont comiques et que la seconde partie du disque est plutôt triste. J’en déduis donc, que derrière une façade de gaieté, tu es naturellement enclin à la mélancolie. Je me trompe ?

A. HK : (rires) En même temps, comment peut-on séparer les deux ? Comment être humain, sans avoir de la joie et de la mélancolie ? Alors quitte à faire de la psycho de comptoir, allons y jusqu’au bout ! On bascule sans arrêt dans des états différents, on est comme le climat, et finalement la terre à ses humeurs et nous aussi. Il y a des jours où il pleut dans nos crânes… Donc je suis prêt à te suivre sur tes trucs de comptoirs. Mais sérieusement, un album on n’en fait pas souvent, c’est important de raconter des histoires, de montrer différents aspects de la vie, sans plomber non plus. De plus, l’album termine sur une note plutôt positive avec “Pardon vieux camarade”, qui malgré sa mélancolie finit par dire « c’est pas grave, rien n’est grave. »

alexishkcover.jpg

Les Affranchis (La Familia), sortie : mars 2009



Comments

Comments are closed.

Bottom