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Pauline

novembre 14, 2007

L’art de la Croze

Le métier parle d’elle comme d’une valeur sûre (et durable) de la chanson française. Il semblerait même que le doute sur la question soit écarté avec véhémence.
A l’occasion de la sortie de son deuxième album, Un Bruit Qui Court, jeudi dernier, chez Wagram, j’ai de nouveau interviewé Pauline Croze.
La première fois, c’était pour son premier disque. Elle était toute timide dans ce petit bar de Bastille. Nous avions tellement aimé cette nouvelle venue que mon journal avait fait la couverture avec elle. Je n’en étais pas peu fier car rares étaient les nouveaux artistes à avoir ce privilège.

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Si j’ai une certaine propension à m’exalter facilement, je vous assure que Pauline Croze, elle, m’impressionne.
Sa voix est unique. Elle détend et trouble. On voudrait que jamais elle ne s’arrête, que la chanteuse poursuive et continue cette quête du beau à travers laquelle elle guide son auditoire. Comme Piaf. Elle sourit de cette comparaison.

- C’est rigolo ce que vous me dites là. Je n’ai jamais trop écouté de chansons françaises. Ce n’est pas du tout mon truc. Personnellement, j’écoute beaucoup de musique noire. Reggae, soul, funk, blues, musique africaine.

Bon, je remets Piaf au placard de mes illusions. C’est au siècle dernier (en 1999, en fait) que Pauline écrit, compose et maquette ses premiers titres avec son ami Quito, du groupe Senor Holmes.

- J’ai fait ensuite leurs premières parties. Une cinquantaine de concerts dans les bars. Je vous assure que c’est une école très difficile. Capturer l’attention de gens qui boivent,  discutent et qui se foutent que vous soyez là, ce n’est pas une mince affaire !

En janvier 2003 elle rencontre Edith Fambuena (arrangeuse hors pair). C’est le début d’une belle collaboration. L’une et l’autre sont exigeantes. Edith dira de Pauline : ” Derrière ses yeux candides et espiègles à la fois, se cachent de la rage, de la ferveur, de la hargne, de la colère et surtout de la passion qui se traduisent la plupart du temps par une générosité sincère qu’elle distribue autour d’elle dès qu’elle se met à chanter “.

Mademoiselle Croze s’étonne elle-même de cette sincérité absolue, elle si pudique.

- A la fin de l’enregistrement de mon album, en réécoutant tout, je me suis étonnée d’avoir dit tout ça de moi, de m’être tant dévoilée. Je donne ma vulnérabilité. Il faut pourtant  faire attention de ne pas donner sa faiblesse aux gens.

Les chansons de Pauline sont celles d’une jeune femme un peu floue, amoureuse transie ou déçue, peu encline, en tout cas, à devenir une femme parfaite, encore moins une épouse modèle. La mélancolie n’est jamais loin.

- C’est cet état qui me pousse à écrire. Dans la vie, j’ai une part de mélancolie mais en même temps, je peux être drôle. Quand j’écoute de la musique, je n’ai pas envie qu’elle me fasse rire, sinon, je vais voir un humoriste. J’ai envie qu’on me donne du son avec les tripes, j’ai envie d’être bouleversé. Je tente donc, moi-même d’arriver à ce résultat.

Avec le nouvel opus, réalisé cette fois-ci par elle-même et le brillant Jean Lamoot (Salif Keita, Alain Bashung, Brigitte Fontaine, Noir Désir… excusez du peu !), on part à la découverte de Pauline Croze comme on se lance à la conquête d’horizons lointains, de contrées non explorées.

- Jean a complété la base que j’avais posée. Il a fait de la dentelle avec ma toile de jute. Notre mélange donne un résultat à la fois étonnant et détonnant.

Ce n’est pas pour rien que la belle plait tant aux rappeurs. Une histoire de flow, sans doute.

- Je trouvais jusqu’à présent ma manière de chanter trop linéaire et je voulais m’en défaire, la renouveler. J’ai donc travaillé le débit. Je voulais que mon chant soit plus « percussif » et « pulsif ». Je ne voulais plus faire celle qui se contente de chanter un texte. Il me fallait surprendre et aller dans des endroits ou il fallait recréer des repères.

Vous dire qu’elle admire les univers de Jeff Buckley, Björk et Camille ne devrait pas vous surprendre.
Aujourd’hui, les chansons de Pauline Croze sont à la fois plus aériennes, plus légères mais aussi plus entraînantes, beaucoup plus rythmique en tout cas.
J’ai pour habitude de poser des questions sur quelques chansons mais là, je lui explique que je n’en ai pas envie. Je ne souhaite pas nécessairement obtenir des éclaircissements sur les thèmes abordés. La poésie ne s’explique pas.

- Je vous comprends parfaitement. Il faut se laisser porter par les mots et pas forcément y coller une histoire en particulier. J’ai l’impression d’avoir laissée plus de portes ouvertes aux interprétations.

Cet album va surprendre. Il est moins accessible que le premier (qui était un peu plus connoté « chanson française »). J’ai dit à l’attachée de presse de la chanteuse après avoir écouté plusieurs fois Un Bruit Qui Court : « c’est un disque qui se mérite ». Et je le pense sincèrement. Il faut pour l’aimer vraiment, parvenir à pénétrer dans ce singulier univers. Mais une fois qu’on y est, on ne peut plus en sortir. Je vous assure, cet album envoûte d’un bout à l’autre.

- Cette réflexion me fait plaisir. Il y a, parmi mes premiers auditeurs, ceux qui sont franchement emballés et il y a ceux qui sont sur une réserve. Ils ne savent pas trop quoi en penser, ni comment aborder le disque…

Un silence avant qu’elle ne reprenne.

- Je sais que j’ai pris des risques en voulant tout casser. Le premier est de décevoir mes « fans » de la première heure. Peut-être ne vont-ils pas me suivre dans cette expérience, peut-être vont-ils me laisser au bord du chemin. Pour moi, de toute manière, la relation avec le public, c’est comme une histoire d’amour. Il faut toujours se surprendre et il ne faut pas se mouler dans ce que l’autre veut voir de nous.

Ce charmant petit bout de femme a du caractère et sait ce qu’elle veut.
Nous devons juste nous mettre à sa portée. Ce n’est pas grand-chose, après tout, de faire un effort pour approcher l’excellence.
Je trouve.

Comments

4 Responses to “Pauline”

  1. Bridget on novembre 30th, 2007 4:35

    Bonjour François :-) !
    C’est toi qui m’a emmenée dans l’univers de Pauline, et depuis, je suis vraiment devenue “accrozzz” ;-). Merci pour toutes ces découvertes, cela me permet souvent d’approcher des artistes moins mediatisées qui valent toujours le détour !
    A bientôt,

  2. preerbsuigizejbvw on février 15th, 2009 23:18

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