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Ben

août 6, 2007

Le retour aux ‘roots’

Décidément, il est trop fort ce Ben ! Un peu plus d’une année après nous avoir rempli les écouteurs de bon son avec sa galette schizophrénique, Both Sides Of The Gun, sieur Harper s’est enfermé dans la foulée dans l’enceinte rétro du studio Gang parisien pour mettre en boîte son excès d’inspiration. Le songwriter le plus sexy du monde (ceci étant tout à fait subjectif… quoi que) nous fait aujourd’hui l’offrande de Lifeline, un énième opus aux harmonies mystiques et vocaux addictifs.

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Question : Cela fait tout juste un an que tu as sorti Both Sides Of The Gun, tu viens à peine d’achever une tournée de 8 mois et tu sors déjà un nouvel album ; tu passes ton à bosser ! Le travail est ta seule raison de vivre ou bien ?

Ben Harper : (rires) En effet, je passe énormément de temps à travailler, mais je n’irai pas jusqu’à dire que c’est ma seule raison de vivre ! En fait, je dirais que c’était le bon moment pour être créatif.

Q : Beaucoup d’artistes adhèrent à la théorie qu’il est préférable de laisser s’écouler un certain laps de temps entre chaque album afin de ne pas lasser le public et ainsi susciter l’impatience, l’expectative. Visiblement tu ne sembles pas connaître cette théorie… Pourquoi t-être précipité en studio si vite ? Tu n’aimes pas partir en vacances ?

B.H. : (rires) Si bien sûr ! C’est juste que j’avais l’opportunité d’enregistrer à Paris et que je ne voulais pas manquer cette occasion, surtout que je ne savais pas quand cette opportunité se présenterait à nouveau.

Q : Pourtant je crois savoir que tu as déjà passé pas mal de temps à Paris…

B.H. : C’est vrai, mais je n’avais jamais eu la chance d’enregistrer ici. C’est tellement cher de faire venir tous les musiciens, tout notre équipement et nos instruments… parce que nous ne voulions pas louer des instruments sur place… donc cela nous aurait pris au minimum trois semaines pour réunir tout le monde et mettre en branle le processus. Tout cela représente beaucoup trop de logistique et tellement de frais pour un label que c’est quasiment impossible à réaliser. Or, il s’est trouvé que notre tournée se terminait en France, non loin de Paris. Nous avons donc profité de l’occasion d’avoir notre équipement et tout le monde (les musiciens, les choristes et les techniciens) sur place pour enregistrer cet album dans la foulée.

Q : Donc vous aviez déjà des nouvelles chansons prêtes à être enregistrées ?

B.H. : Oui. En fait, durant toute la tournée Européenne (qui a duré deux mois), nous avions profité des ‘sound-chek’ pour travailler sur de nouveaux morceaux. Du coup, à la fin de la tournée nous avions suffisamment de titres bien rodés pour enregistrer un album.

Q : J’imagine que vous avez dû en profiter pour tester quelques-uns des nouveaux morceaux sur scène ?

B.H. : Non, même pas. Nous avons juste joué ‘Lifeline’ une fois, c’est tout… mais nous savions que les autres titres fonctionnaient !

Q : J’ai entendu dire que l’enregistrement des chœurs a été la partie qui vous avait créé le plus de ‘problème’ ; si c’est vrai, pourquoi ?

B.H. : En effet ! Nous ne voulions pas les surproduire et voulions à tout prix éviter qu’ils soient trop en évidence… car nous avions décidé de ne pas utiliser de cuivres, de cordes superflues ou d’effets sonores. Nous voulions que cet album soit le plus ‘roots’ possible… six musiciens, six instruments, c’est tout ! Donc nous avions convenu que si l’on ajoutait des chœurs, il faudrait qu’ils soient aussi subtils et discrets que possible, sinon ils risquaient de supplanter les instruments. Donc ça a été dur de les placer correctement… disons que cela nous a demandé une attention particulière.

Q : Y a t-il un morceau qui vous a donné particulièrement du fil à retordre ?

B.H. : Tu sais, nous avions seulement 7 jours pour enregistrer l’album, donc nous n’avions pas le temps de tergiverser. Si nous avions buté sur quelque chose, ça aurait ruiné une session tout entière, et nous ne pouvions tout simplement pas nous le permettre. Donc non, tous les titres ont été mis en boîte ‘smoothly’.

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Q :
Quand est-il du morceau d’ouverture “Fight Outta You” ? Je ne me souviens pas t’avoir déjà entendu chanter aussi bas ; tu t’es senti à l’aise dans ce genre de registre ‘low key’ ?

B.H. : C’est vrai que c’est la première fois que je chante si bas et que ça m’a demandé un certain effort pour étirer mon registre vocal vers les basses, mais j’aime repousser mes limites et explorer différentes directions.

Q : Il y a également le morceau instrumental “Paris Sunrise #7″ qui clôt l’album sur un périple acoustique de 7 minutes… C’était une improvisation ou un morceau répété ?

B.H. : Disons que je l’ai travaillé par petits bouts… C’est un morceau assez compliqué dans le sens où il est basé sur une rythmique instrumentale très tonique et suppose un jeu de guitare incisif et percutant. Le morceau ne devient vivant que si mon jeu l’est aussi. Je dois ‘frapper’ la guitare et être en même temps ‘sur la retenue’… le morceau dépend totalement de l’âme que je lui insuffle. Donc je l’ai répété par petits morceaux, mais je ne l’ai pas écrit en toutes notes sur une partition… Tout d’abord parce que ce n’est pas un morceau ‘fermé’ et bien défini, et puis parce que ça m’aurait pris un temps infini pour le retranscrire sur une partition ! Le solfège n’est pas mon point fort… (rires)

Q : Le choix d’enregistrer avec un bon vieux système analogique s’est-il fait sur un coup de tête ou était-ce un vieux rêve ?

B.H. : Oui, c’était l’un de mes plus grands souhaits. J’ai donc appelé un de mes amis (français) pour lui demander l’adresse d’un studio parisien qui possède cet équipement. Il m’a dit qu’il n’y avait qu’un seul endroit dans toute la ville, le studio Gang.

Q : Vous auriez pu tomber plus mal ! Le studio Gang est un endroit magique (ndlr : une vieille bâtisse d’époque avec une cour intérieure pavée) !

B.H. : C’est clair, l’endroit a des ‘vibes’ incroyables ! Il dégage une énergie tangible et a une ‘résonance’ tout à fait particulière…

Q : Est-ce la raison pour laquelle cet album a des ‘vibes’ plus ‘mellow’ que de coutume ?

B.H. : Je ne pense pas qu’il soit particulièrement ‘mellow’ ! Il est peut-être plus homogène en termes d’harmonies, et il n’y a pas de morceaux vraiment ‘speed’ ou rock n’roll, mais il y a toutes sortes d’ambiances et de rythmes différents. L’opus est un cheminement à travers des paysages sonores variés.

Q : Donc j’imagine que tu as dû te prendre la tête pour déterminer l’ordre des morceaux ?

B.H. : (rires) Pas du tout ! L’ordre des morceaux est venu aussi naturellement que se sont déroulées les sessions d’enregistrement. En fait, je l’ai écrit juste avant de quitter le studio et ne l’ai jamais retouché depuis… C’est exceptionnel, ça ne m’était jamais arrivé avant ! Je suppose que j’ai eu beaucoup de chance ! (rires)

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Lifeline ; Virgin, sortie le 27 août 2007

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