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Grandmaster

février 5, 2009

 Le ‘papi Daniel’ du hip-hop

Onze ans après son retour avec Flash is Back, le DJ américain Grandmaster Flash fait de nouveau son retour avec une galette charnue et ‘multi-culturelle’, The Bridge. Rencontre éclaire avec l’un des pères du hip-hop… sûrement le plus doué et le moins sympatique de sa génération.

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Considéré comme l’un des pionniers du rap, du scratch et du remixe, le DJ à la créativité débordante est, entre autre, l’inventeur de certaines techniques telles que le “cutting”, et est notamment réputé pour scratcher avec ses pieds… ce qui n’implique pas forcément que le gars soit des plus “funs”, loin s’en faut d’ailleurs. C’est un Grandmaster Flash extrêmement mal luné et qui se prête de mauvaise grâce au jeu des “questions-réponses”, que l’on rencontre dans un bar branchouille de Bastille.


Question : Ton dernier album, Flash is Back, date de 1988.. cela fait donc plus de dix ans que tu as disparu de la circulation, qu’as-tu fait et où étais-tu pendant tout ce temps ?

Grandmaster Flash :   (pas de réponse)

Q : Euh.. Je sais que tu as fait plein de choses, tu as produit de nombreux artistes, fait plusieurs remixes, et tu as aussi sorti une autobiographie l’année dernière..

G.F. : La France ne s’intéresse qu’à ses propres MCs. Si tu étais de n’importe quel autre pays, tu serais capable de dire où j’étais et ce que j’ai fait ces 10 dernières années. Vous les français, vous ne vous intéressez qu’à vos artistes.. mais moi, j’ai été dans plein d’endroits.

Q : Euh, oui je m’en doute.. où exactement ?

G.F. : Allemagne, Angleterre, Australie, Nouvelle-Zélande, Brésil..

Q : Justement, dans la bio que m’a filée ta maison de disques, tu dis un truc très intéressant ; je te cite : « où que je voyage en tant que DJ, je peux observer le pouvoir de cette forme d’art (le hip-hop). On vient de différentes cultures, mais où que j’aille dans le monde, il y a une culture universelle du hip-hop ». Selon toi, le hip-hop est une sorte de ‘langage universel’, un pont entre toutes les cultures ?.. d’où le titre  de l’album, ‘The Bridge’ (le pont) ?

G.F. : Exactement. Lorsque que j’ai fait cet album, je voulais parler de tous les endroits où je suis allé, toutes les expériences et rencontres que j’ai faites.. voilà. En gros, je voulais mettre tout ça sur un disque ; des lieux différents, des cultures différentes, des gens différents, des modes de vie et d’expression différents… avec le hip-hop comme fil conducteur.

Q : Et quelle culture t’a le plus plu ?

G.F. : Toutes. Chacune d’elles m’a appris quelque chose de différent. Elles m’ont toutes inspiré.

Q : Avec tant d’inspiration, pourquoi avoir attendu dix ans avant de ressortir un album ?

G.F. : Je ne voulais pas faire d’album avant d’avoir ‘a good deal’ (un contrat ‘juteux’).

Q : Tu veux dire que ton absence pendant 10 ans, et aujourd’hui, ton retour, ne sont dus qu’à une simple question de ‘deal’ ?

G.F. : Oui !

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Q : ..Vraiment !?

G.F. : Oui, sinon comment je ferais pour gagner ma vie ? J’ai des enfants au lycée et des factures à payer.. et la musique, c’est ce que je fais pour vivre. Alors tu crois quoi ? Que je vais bosser gratuitement ? Tu bosserais gratuitement toi ? On te paie bien pour venir m’interviewer !

Q : Ben non, justement… (*pan*, dans tes dents !)

G.F. : Ah bon ? Et comment tu fais pour payer tes factures ?

Q : J’ai trois autres jobs à côté.

G.F. : (silence un peu gêné)

Q : Revenons plutôt à l’album. Tu as commencé à enregistrer The Bridge en 2007, ça t’a donc pris pas mal de temps pour venir à bout de ce disque..

G.F. : En effet.

Q : Tu as travaillé dessus à “temps complet” pendant 2 ans, ou seulement à “temps partiel” ? 

G.F. : A temps complet.

Q : L’album regorge de featurings (Q-Tip, Busta Rhymes, Snoop Dogg, KRS-One, Big Daddy Kane, etc), comment se sont passées toutes ces collaborations et comment as-tu décidé de “qui” ferait “quoi” et sur “quel titre” ?

G.F. : Je pense que c’est la tournure que prenait chaque morceau qui m’a amené à choisir l’artiste que je voulais coller dessus. Ensuite, il ne me restait plus qu’à caler les créneaux d’enregistrement de chacun, et à me mettre d’accord avec les managers et les avocats des uns et des autres.. l’aspect “légal” prend toujours du temps.

Q : Mais comment as-tu procédé exactement ? Est-ce que tu avais déjà un artiste à l’esprit lorsque tu composais un morceau ?      

G.F. : Non, j’ai d’abord fait tous les morceaux, ensuite j’ai imaginé quel artiste serait bien sur tel ou tel titre… Je les ai choisis comme ça.

Q : Et est-ce que les résultats de tes choix ont toujours été à la hauteur de ce que tu avais imaginé ?

G.F. : Oui, absolument.

Q : J’imagine que tu as laissé à chaque ‘guest’ le soin d’écrire ses textes.. ?

G.F. : En effet.

Q : Mais leur as-tu suggéré certains thèmes à aborder ou donné des directions d’écriture particulières ?

G.F. : Parfois oui, mais la plupart du temps, je leur laissais carte blanche. Ils étaient libres d’écrire sur le sujet qu’ils estimaient coller le mieux avec les vibes du morceau.

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Q : Y a t-il eu un titre pénible à mettre en boîte ou qui t’a posé des problèmes particuliers ?

G.F. : Non, aucun. Tout a été très smooth.. Je pense que le plus gros problème a été avec les avocats et les managers.. c’est ce qui a pris le plus de temps.

Q : Ah bon.. Je trouve cela assez triste..

G.F. : Non, c’est plutôt malin… parce que c’est le bizness.

Q : Je me trompe peut-être, mais il me semble que cet aspect du bizness (la thune !) occupe une place particulièrement importante dans le milieu du hip-hop..

G.F. : (silence perplexe, regard en coin)

Q : Disons que le hip-hop donne l’impression d’être plus guidé par le fric (‘money driven’) que les autres scènes musicales..

G.F. :
Peut-être.. je ne sais pas. Mais “bizness is bizness” (le bizness, c’est le bizness). Quand tu demandes à une super star de poser sur un titre, ça doit se faire correctement.. parce qu’elle contribue au morceau avec son art, c’est-à-dire ses textes, et ils doivent être protégés légalement.

Q : En effet. .. Il y a trois titres dont j’aimerais que tu me parles ; tout d’abord, “Here Comes My DJ” avec DJ Kool & DJ Demo.

G.F. : En fait, c’est parti d’un groove. J’ai demandé à DJ Kool de poser quelques vocaux et pousser quelques gueulantes par-ci par-là, mais le principal centre d’intérêt du morceau est le travail du DJ.. pas le chant. C’est un morceau taillé pour les dancefloors et pour faire la fête (‘a straight up party track’).. Voila.. Donc c’est un groove avec un gros boulot de DJ par-dessus, tout simplement.

Q : J’aime également beaucoup ‘What If’ avec KRS-One..

G.F. : En fait, j’avais besoin de mettre quelqu’un qui ait des choses à dire sur ce morceau.. Il y a un concept derrière. L’idée était de se poser la question ; comment les choses seraient si le hip-hop n’existait pas ? Comment serait le monde sans hip-hop ? Au début, je voulais que KRS-One planche dessus avec trois autres MCs, mais il a insisté pour faire le morceau tout seul.. et franchement, il a fait du bon boulot ! Il a vraiment assuré.

Q : Et enfin, le titre “Those Chix” avec la MC, Byata, la reine de l’électro trash, Princess Superstar, et la MC de Philadelphie, Hedonis Da Amazon..

G.F. : Ouais, c’est un bon titre ! Là, le concept était de rassembler des filles MCs originaires de différents endroits et de les faire rapper sur des couplets et un refrain fun.. donc c’est un titre fun mais qui fait aussi passer le message que les filles aussi sont capables de rapper.

Q : Dernière question ; après plus de 10 ans d’absence, tu imagines bien que ton retour est surveillé de près par les médias et les autres membres de la scène hip-hop, c’est quelque chose qui te rend un peu nerveux ?

G.F. :  Pas du tout ! J’en ai rien à cirer de ce que pensent les gens et ce que racontent les médias.

….
Au moins, ça a le mérite d’être clair.

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The Bridge
(Strut/PIAS), Sortie : 23 février 2009



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