Top

Kagrra,

janvier 7, 2009

Chanter le Japon traditionnel

Isshi, le chanteur du groupe japonais Kagrra, est un homme grand, dont le maintient est aussi apaisant que la voix. C’est dans un café de Shinjuku, haut lieu de la night-life tokyoïte, qu’il choisit de se livrer.

kaggra2.jpg


Isshi
porte un bonnet surmonté d’un pompon au moins aussi gros que sa tête, et répond avec une patience exemplaire à mes questions.


Question : Qu’est ce qui t’a donné envie de devenir chanteur ?

Isshi : J’ai d’abord entendu des chansons traditionnelles qui m’ont donné envie de devenir guitariste, mais je n’étais pas si bon à la guitare. J’ai essayé quelques autres instruments sans succès, et à la fin, il ne me restait plus qu’à chanter. Au début, je n’avais pas l’intention d’imiter, mais je pense qu’apprendre à chanter commence par la reproduction. Je me suis rendu compte ensuite que l’imitation ne me permettait pas de développer ma propre voix, alors je me suis mis à la recherche de mes particularités.

Q : Avec quelle fréquence tu t’entraînes ?

Isshi : Jamais. (rires) Ne le prends pas mal, mais je ne m’entraîne pas spécialement. Je fume, je bois – même si je connais certains artistes qui protègent leurs voix. Et j’ai essayé, une fois, mais ça a réagi à l’opposé de ce que je recherchais. Quand je me suis arrêté de fumer, ma voix a commencé à foutre le camp.

Q : Mieux vaut ne jamais arrêter de fumer dans ce cas.

Isshi : Compte sur moi ! (rires)

kagrra-isshi2.jpg

Q : Quand tu parles ta voix est très grave, mais elle est plutôt aigue quand tu chantes. Est-ce que c’est naturel, ou un effet que tu cherches à créer ?

Isshi : Je le fais naturellement, mais quelquefois, pendant les interviews, on me demande « est-ce que c’est vraiment toi qui chante » ? (rires) C’est probablement parce que j’utilise le falsetto, comme Freddy Mercury de Queen. Mais comme je t’ai dit, je ne m’entraîne pas vraiment, et je ne reproduis pas les techniques d’autres chanteurs.

Q : A t’entendre chanter, il semble que tu n’utilises pas ta voix pour transmettre tes sentiments.

Isshi : Exactement. On chante pour extérioriser, mais de la même façon qu’on peint ou qu’on dessine. Je n’essaie pas de transmettre mon for intérieur. Je préfère utiliser les paroles pour construire des histoires et les raconter.

Q : Ca se rapproche plus d’une mise en scène de théâtre… Quand tu es sur scène, tu te mets en scène, tu es conscient de tout ce qu’il se passe ?

Isshi : Je suis toujours très calme, même quand je bouge beaucoup. Mon esprit est tranquille, et je me regarde de l’extérieur. Comment dire… Ce n’est pas tant comme si mon esprit était détaché, parce que je suis en plein contrôle de moi-même.

Q : Pourquoi y a-t-il une virgule au bout du nom du groupe ? C’est très énervant quand on le tape à l’ordinateur.

Isshi : Vraiment ? Cette virgule a été rajoutée quand nous avons signé sur une major. En tant que groupe Indie, nous avions joué trois années sans la virgule. On l’a rajoutée parce qu’un voyant (les japonais les consultent lors de la naissance d’un enfant, ndlr) nous a dit qu’il fallait un trait de plus au nom du groupe pour conjurer le mauvais sort.

Q : Tu crois en la voyance ?

Isshi : (catégorique) Non ! (rires)

Q : Pourquoi est-ce que Kaggra, n’est pas écrit en kanji (caractères japonais) ?

Isshi : On pourrait en effet l’écrire en kanji. Mais si on le fait, ça semble trop stéréotypé. Et puis au moment où nous avons choisi le nom, notre but était de finir par aller à l’étranger.

kagrraphoto02isshi2eq.jpg

Q : Alors tu voulais conquérir et dominer le monde ?

Isshi : Je ne le dis plus ces derniers temps, mais mon rêve était de conquérir le monde. Mais je suis un adulte maintenant, j’ai grandi. (rires) Je me contente de faire ce que je peux faire.

Q : Quelle est la pire chose qui te soit arrivée en concert ?

Isshi : A Shibuya, il y a une salle appelée le CC Lemon. En fait, on a mis la mauvaise quantité de poudre…

Q : Je sens le désastre venir à grands pas !

Isshi : La salle a pris feu ; je ne pouvais plus continuer à chanter à cause de la fumée. Et tout ce que je me disais à ce moment, je ne sais pas trop pourquoi, c’est « bon, d’accord, je dois continuer à chanter, alors il faut que je mange quelque-chose ». Alors je suis allé manger, et j’ai pu me remettre à chanter. Tu sais, c’était comme si j’avais eu une arrête coincée dans la gorge. Et puisqu’on parle de concerts, nous avons joué pour la première fois en France en août. Et même si c’était la première fois que nous venions, il y avait 500 personnes. Il y avait tellement de jolies filles que je veux y revenir le plus vite possible.

Q : Je peux te présenter quelques amies, si tu veux.

Isshi : Ah oui, avec plaisir !

51ul-tveibl_sl500_aa240_.jpg

Core (Clj) ; sortie : avril 2008

Comments

Comments are closed.

Bottom