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Mugison

juillet 3, 2008

L’icelandais qui vous fait fondre…

Quatre ans après avoir raflé 5 prix aux Icelandic Music Awards avec son précédent opus 100% “home made”, cet “ours polaire” de Mugison sort enfin de sa tanière avec Mugiboogie ; un troisième album aux riffs intemporels et ballades déchirantes. Une galette au goût d’éternité.

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Question : Je crois savoir que tu as beaucoup travaillé (notamment sur les B.O. de films) depuis ton dernier album…

Mugison : En effet.. En plus de ça, j’ai changé trois fois de maison, j’ai eu deux bébés et une femme.. ça fait beaucoup de choses à gérer en même temps ! (rires)

Q : Ton album précédent (Mugimama Is It Monkey Music ?) était vraiment “fait maison”, tu avais utilisé des objets du quotidien pour certains bruitages et réquisitionné toute ta famille et tes ami(e)s proches pour les chœurs.. Quand est-il de celui-là ?

M : Non, celui-ci est très différent. Le truc c’est que je commençais à en avoir marre de faire des sets électro acoustique en solitaire.. A la longue, c’est un peu ennuyeux de voyager seul avec un ordinateur portable et une guitare, tu comprends ? De plus, lorsque j’ai commençé il y avait peu d’artistes qui faisaient ce genre de truc, mais depuis 2005, il y a de plus en plus d’artistes qui font la même chose et qui se débrouillent vraiment super bien.. Donc j’ai commencé à être inquiet pour l’avenir de ma musique. Il fallait que je change mon set, que je de trouve autre chose.

Q : Je crois aussi savoir que le l’ordinateur portable que tu utilisais n’était pas à toi et que tu as dû finir par le rendre à son propriétaire.. Est-ce également l’une des raisons pour lesquelles tu as décidé de faire appel à des vrais musiciens ?

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M : (rires) En un sens, oui. Eh puis, tous mes meilleurs amis jouent de la musique dans des groupes (qui sont, d’ailleurs, mes groupes préférés). Donc je leur ai demandé s’ils pouvaient m’aider à entrer dans le circuit “traditionnel”.. et aussi à me redonner l’excitation.. hum, je ne sais pas s’il y a un mot anglais pour traduire cela.. en gros, à me rendre de nouveau “horny” (faire bander) pour la musique. Donc je les ai appelés et leur ai demandé s’ils pouvaient m’exciter musicalement.. Ce sont des musiciens vraiment exceptionnels. Ils sont capables de me faire tourner la tête avec un seul riff de guitare.

Q : Lorsque que tu les as appelés, avais-tu déjà des titres tout prêts à enregistrer ou les as-tu composés avec eux ?

M : Non, j’avais déjà pratiquement tous les titres, mais on a dû les remanier au moins une vingtaine de fois avant qu’ils prennent leur forme finale. J’appelais les musiciens pour bloquer des sessions, et on enregistrait non-stop pendant un ou deux jours. Ensuite, je réécoutais les titres pendant deux ou trois mois, puis je les rappelais pour les réenregistrer, essayer des choses nouvelles, améliorer certains passages.. A mon avis, quand tu as une bonne chanson, tu peux la jouer dans n’importe quel style, elle sera toujours aussi efficace.

Q : Tu as passé tant de temps à travailler seul qu’au début j’imagine que ça ne devait pas être évident de devoir travailler avec d’autres musiciens ? Surtout que tu avais un mode de travail bien particulier…

M : C’est vrai que ça me changeait de ma manière de faire habituelle. En fait, c’était bizarre parce que lorsque les gars venaient et que l’on enregistrait, on savait d’instinct quelle prise était la bonne. C’est vraiment une expérience particulière. C’est un peu comme être dans une autre dimension… tu es complètement “high” mais sans drogue. Tout le monde joue avec les yeux fermés, c’est presque mystique. Et une fois que le morceau est terminé, tout le monde se dit : “what a fuck ! Qu’est-ce qui vient de se passer ?!” Et si tu essaies de refaire la même chose, tu n’y arrives pas, parce que c’était un instant unique et complètement magique. C’est un peu comme tomber amoureux ; tu ne sais pas vraiment ce qui se passe ni ce qui t’attire vers la personne, mais tu sais seulement que tu as besoin de la revoir encore et encore.

Q : Donc combien de temps cela vous a pris pour mettre l’album en boîte ?

M : Du début à la fin, plus ou moins trois ans… Parce que je faisais d’autres trucs à côté.. et nous avons enregistré un grand nombre de titres. En fait, j’avais envie de faire un best of des meilleurs morceaux. Je voulais avoir le choix parmi plein de titres et en sélectionner les 12 meilleurs.

Q : Combien de titres avez-vous enregistrés en tout ?

M : Pfff… je ne sais même pas… beaucoup trop ! (rires)

Q : Le fait d’avoir travaillé sur des musiques de film a t-il eu un impact sur ta façon de composer ta propre musique ?

M : Eh bien, ce sont deux exercices très différents. J’aime beaucoup composer des b.o. parce que tu as plus de temps pour t’entraîner, faire des essais et tenter des expériences avec de nouveaux instruments. C’est une expérience musicale beaucoup plus intense, parce que tu n’as pas à te focaliser sur la voix.. En général, ce sont les paroles et le chant qui donnent le plus de boulot. Donc composer des musiques de films est vraiment un bon moyen pour s’entraîner musicalement, utiliser de nouveaux logiciels et réfléchir à d’autres façons de faire les choses, des nouvelles manières d’enregistrer et d’utiliser les micros… donc, forcément que cet entraînement a changé ma façon de composer ! D’ailleurs tu n’as qu’à comparer les chansons des précédents albums avec celles du nouvel album pour te rendre compte à quel point elles ont évolué. Elles sont incontestablement meilleures.

Q : Dans tes précédents albums, tu utilisais beaucoup de sons enregistrés dans la nature et des bruits du quotidien, ce qui n’est pas du tout le cas avec ton dernier opus ; pourquoi ? Es-tu venu à bout de ce genre d’’expérimentations sonores ?

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M : Non, je ne pense pas. D’ailleurs, je suis actuellement en train de travailler sur un projet qui s’appelle “Musique pour clubs, cafés et publicités“, qui est de nouveau orienté électronica avec des bruitages naturels. En fait, pour cet album j’avais vraiment envie de faire des chansons ‘jamais entendues’ auparavant.. J’avais ce fantasme que si des gens l’achètent dans 10 ans, ils ne puissent pas identifier de quelle époque il est.. qu’ils ne puissent pas savoir s’il est de 1970 ou de 2010. Donc si tu mets des sons “accidentels”, les gens seront capables de dire; “ce disque à été enregistré après 1985″, ou ce genre de truc.

Q : Jusqu’à présent, l’amour et la haine étaient les deux thèmes récurrents de tes chansons, or dans cet album, tu t’ouvres à d’autres sujets et t’aventures même parfois sur des terrains épineux (je pense notamment au titre « Am Alright »). A quoi est due cette soudaine ouverture ?

M : Lorsque je réfléchissais à ce nouvel album, je me suis mis à écouter plein de best of de groupes mythiques, des Beatles à Led Zepplin (en tout, presque 200 albums), en analysant les sujets qui étaient abordés et qui revenaient le plus souvent, puis parmi ces sujets, lesquels me plaisaient et m’inspiraient le plus… Au final, j’en ai dénombré seulement trois : l’amour, la violence et le sexe. Par ailleurs, je me suis également pas mal inspiré des bluesmen de Memphis et ceux des années 50 ; Screaming Jay Hawkins, Robert Johnson, Howling Wolf… tous ces gars étaient dans un sens très ‘brutaux’.. disons plutôt qu’ils avaient une façon brutale de dire les choses. Ils n’y allaient pas par 4 chemins, comme tant d’artistes qui tournent autour du pot sans jamais vraiment aborder clairement le sujet. Eux, ils allaient droit au but. C’est ce que je voulais faire avec la chanson sur le suicide. Je ne voulais pas tourner autour du sujet mais foncer droit dedans et ouvrir la chanson avec la phrase la plus brutale que tu puisses imaginer… Je voulais plonger directement au cœur du sujet. C’est d’ailleurs plus ou moins la façon dont j’ai procédé pour tous les morceaux de cet l’album. Toujours aller droit au but, sans jamais rien cacher ni se cacher soi-même derrière des ressorts stylistiques.

Q : Justement, presque tous les morceaux de l’album abordent des sujets poignants et les paroles sont toujours extrêmement intenses et chargées d’émotion. On a vraiment l’impression que tu as vidé le contenu de tes tripes dans ce disque. Le travail d’écriture a-t-il été douloureux ?

M : Eh bien, c’est sûr que ça n’a pas exactement été comme un voyage à Disneyland (rires) ! En fait, ça a plus été comme me coller des grandes gifles en plein visage… dans le genre : réveille toi, et sois honnête par rapport aux choses… Parce que personnellement, la musique que je préfère est celles des auteurs sincères, ceux qui parlent des choses avec honnêteté parce qu’ils ont de l’expérience et qu’ils ne cherchent pas à déformer les choses, ni à embellir ou noircir le tableau pour paraître moins trash ou plus cool. Donc, c’est clair qu’être honnête n’est pas facile. Cela suppose d’être brutal, surtout avec soi-même. C’est forcément un peu douloureux, mais souvent d’une façon positive.. pas d’une façon à la Oprah Winfrey (rires) ! Disons que c’est un peu comme lorsque l’on se saoule et que l’on se met à rire et pleurer en même temps.

Entre rires et larmes, caresses et coups de griffes, Mugiboogie vous tourne la tête et retourne l’estomac (in a good way !) comme une bonne cuite à la vodka. Un album ‘spiritueux’ et essentiel.

Matez l’interview vidéo de Mugison en cliquant ICI.

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Mugiboogie (Mugiboogie), sortie: juin 2008



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