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Padam

mai 11, 2008

Padam Padam

Le journal Marianne avait écrit sur Padam : « Du Carné-Prévert revisité par Kusturica et Gatlif. Étonnant ! »… Bien trouvé !
Enfin, je rencontre Nader Mekdachi, le leader du groupe. Ce type-là m’a toujours interpellé. Un peu grande gueule, mais la gentillesse dans le regard. Il a quelque chose de touchant et de malicieux quand il interprète ses chansons. Il joue souvent les dragueurs maladroits et les losers magnifiques. Ça, Nader, il aime bien les losers magnifiques. Presque sa marque de fabrique.

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Malgré tout, sur cette petite terrasse ensoleillée de la rue des Martyrs, je lui dis que j’ai toujours un peu considéré qu’il était le Lino Ventura de la chanson française. Il se marre parce qu’avec ce qu’il chante, il ne voit pas le rapport. Je ne sais pas… un comportement général. L’aspect un peu bourru de sa personne et le côté pince-sans-rire. (Oui, Ventura avait un côté pince-sans-rire… vous l’avez déjà entendu dans des interviews ? Enfin, bref, je fais les comparaisons que je veux… Tsss…)

- Au fond, tu as peut-être raison, les losers que je raconte dans mes chansons, ce n’est absolument jamais moi. J’écris évidemment ce qui ne m’arrive pas. Je parle des autres.

Je ne sais pas pourquoi, je sens que c’est du second degré, toutes ses remarques.
(François : 25 ans d’expérience d’interviews. Pensez s’il sait déceler l’ironie…)

Mine de rien, Nader et son groupe fête cette année sa dixième année d’existence avec cet excellent quatrième album, Bonheur Bordel. Fichtre, le temps a passé à une vitesse folle…

- Oui, parce que nous avons toujours été dans l’urgence. Nous n’avons cessé d’être en tournée, jouer des concerts et faire de la route. Après, il fallait que je recompose, qu’on enregistre, qu’on reparte en tournée… une histoire sans fin. On ne va pas se plaindre, c’est comme ça que nous aimons vivre.

Rappelons que Padam puise ses inspirations dans l’héritage de la chanson réaliste à texte, comme dans le folklore musique des Balkans, avec une petite pincée de musique orientale, de jazz et de rock électrique (mais pitié, ne dites pas que c’est un groupe « festif ». J’aime pas, moi, les groupes festifs !). C’est en tout cas un cocktail rare, percutant et qui transporte son auditoire.
L’ambiance des concerts de Padam est toujours survoltée, jouissive, à la limite de l’extase.
Bref, Padam, j’adhère totalement.
(Je me sens le besoin de préciser, au cas où je n’aurais pas été assez clair.)

Nader Mekdachi m’avoue qu’il vient de traverser une période de doute. Fallait-il continuer encore l’aventure Padam ou l’interrompre ?
(Suspens !)

- Au bout de 8 ans de rythme effréné, comme dans une vie de couple, il y a eu une lassitude de bosser avec les gens avec lesquels nous évoluions jusqu’à présent. Le groupe a hésité à se séparer il y a deux ans, car nous avions l’impression de tourner en rond. La routine, quoi ! Eh puis, lors des dix derniers concerts de notre précédente tournée, notamment lors d’un concert en première partie de Bénabar devant 6000 personnes, ça s’est tellement bien passé, que nous avons changé d’avis. Au moment où nous avons compris que c’était la dernière ligne droite, l’enthousiasme est revenu.

Padam a juste changé de tourneur, de maison de disques, d’attaché de presse… histoire de se donner un nouvel élan. Parfois, le changement à du bon.
Nader est truculent. Il parvient à me faire marrer quand il me raconte ses voisins en colère parce qu’il fait du bruit, les plaintes adressées contre lui, les avertissements du proprio, les heures de négociations pour qu’il puisse finir de mixer…. (Oui, il fait tout dans son appartement). Nader me parle aussi de sa boîte de prod. Enfin de celle qu’il possède avec ses deux frères. RNW (les initiales de chacun d’eux).

- C’est en plus de mes activités avec Padam. Pour faire vivre notre petite entreprise, il faut que je travaille sur d’autres projets. Je fais, par exemple, des disques de musique instrumentale, des musiques d’ambiance pour des marques et des boutiques de fringues. Je sais bien faire ce genre de travail, même s’il est purement alimentaire !

« Mon cher Watson ! » ai-je envie de préciser.
(Parce que, hein, vous l’aviez remarqué, j’ai un humour d’une finesse rarement atteinte.)
Les petites histoires drôle, ironique, parfois pathétique de Padam, je les apprécie. Mélange d’amour et d’humour, « Nader livre une peinture acide de notre monde, de l’homme, de ses sentiments pas toujours francs, de ses défauts exacerbés ».

La réalisation de Bonheur Bordel a mis près d’un an.

- L’enregistrement a commencé dans une vaste grange abandonnée depuis 10 ans, en Touraine. On a tout réaménagé après avoir récupéré du matériel. Dans notre démarche, le “système D” fait la loi. Ensuite, on a répété et ré-arrangé dans une cave, puis je suis parti m’exiler à Berlin 10 jours pour écrire les 3 derniers morceaux. J’ai fini le pré-mixage chez moi. Avec les soucis que je t’ai racontés tout à l’heure…

Et il conclut ainsi.

- Toute l’année de conception n’a été que bordel et bonheur, engueulades et embrassades, orgies et indigestions.

Mazette ! Quel réjouissant programme !
Nader Mekdachi est un type avec qui il fait bon discuter, même si je sens que nous sommes dans son quartier. Et vas-y que je taille la bavette avec une serveuse (très jolie) puis avec une autre (très jolie), puis avec une passante (très jolie).
J’aime ce quartier.
J’aime Padam.
Donc, oui, des moments comme ça, j’en redemande.

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Padam ; Bonheur Bordel (Rnw), sortie : avril 2008



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