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Florent

février 14, 2008

Intemporel comme ça

Florent Richard n’est pas le garçon le plus drôle de la planète. Enfin… disons que quand on le rencontre pour la première fois, on ne se tape pas les cuisses d’hilarité. Mais après tout, ce n’est pas ce qu’on lui demande.
D’abord, qui est Florent Richard ?
Un auteur, compositeur, interprète que j’ai découvert en 2005 avec son premier album, L’art Et La Manière… je l’avais chroniqué pour mon journal, mais pas rencontré.
Le second, Un jour Comme Ca, sort dans quelques jours.
Son actualité était l’occasion de le rencontrer.

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J’ai fait un peu de forcing auprès de Thomas, son attaché de presse, mais le rendez-vous a bien eu lieu.
Le 21 janvier dernier, dans un endroit que le chanteur connaît bien. Le Café Laurent. J’y étais allé (avec Thomas qui m’y avait embarqué de force, presque), il y a quelques mois pour le découvrir en spectacle.
J’avais été charmé par l’originalité du personnage.
Une belle voix grave, un univers poétique, sensible, mais aussi sarcastique, à la frontière du cynisme. Seulement à la frontière.
Avec son air de ne pas y toucher, justement, il touche.
Méfions-nous de l’eau qui dort.
Derrière l’arbre se cache la forêt.
Tant va la cruche… non, ça, ça n’a rien à voir.
Il arrive tranquillement alors que je suis déjà installé depuis 10 bonnes minutes. Nous sommes presque seuls dans l’établissement. Je lui explique qui je suis, pour quel média je bosse. Il me semble déceler que si je lui avais dit que je faisais un papier pour « Yokshire magazine, le magazine des cons qui ont un Yorkshire », il s’en serait foutu de la même manière.
Il est là pour que je l’interroge.
Je l’interroge, donc.
Et il se prête au jeu avec politesse, un brin détaché, mais poli. Si.
Florent Richard a consacré « 10 années à l’apprentissage du violoncelle et du solfège, puis à découvert le jazz et la contrebasse à l‘American School de Paris. Il commence sa carrière de musicien comme contrebassiste/bassiste dans la comédie L’Air de Paris, avec Patrick Dupont, puis il enchaîne les concerts dans les salles et clubs avec diverses formations jazz et électrojazz, comme Blast ».
(Sacrément bien ficelé ce dossier de presse !)
Il devient ensuite le bassiste du groupe Les Elles (et arrangeur de leur dernier album).

- J’ai beaucoup plus d’expérience dans le jazz où je connais pas mal de monde. Avec mes deux albums, désormais, on me classe dans la variété. Cela me fait sourire, même si c’est un peu ce que je fais… de la chanson en langue française sur de la musique variée, mais, pour vous avouer, plus jeune, la perspective de faire le Stade de France avec Johnny Hallyday ne me faisait pas rêver.

Voyez que Florent Richard ironise. C’est sa forme d’humour. Moi, j’aime bien. Du second degré permanent. Quand il me lance une phrase, il faut que je réfléchisse pour vérifier que ce n’est pas du pipeau. C’est ce qu’on appelle une conversation ludique.
Plus sérieusement, il développe.

- J’ai toujours été un garçon très sage, très discret. Je n’ai jamais été attiré par les projecteurs. Je chante au service de l‘univers de Florent Richard. Dans ma tête, j’ai deux cases. Florent Richard, l’artiste et Florent Richard, l’arrangeur, le musicien, le mélodiste qui doit mettre en valeur le premier.

Je lui révèle qu’à son concert, je l’avais trouvé très amusant, très pince-sans-rire entre chaque chanson.

- J’essaie de me comparer à Michael Bublé, Harry Connick, Jr, Jamie Collum ou encore à Robbie Williams… vous comprenez mon problème ? Comme je ne sais pas faire ça, je tente de trouver un décalage dans l’humour un peu anglais, un peu froid. Et, il faut que musicalement, ce soit du béton armé.

Sa musique, il n’y a pas à dire, renforce et soutient avec vigueur la fondation de son œuvre.
Emprunt de jazz (swing ou Coltrainien) dans ses parties les plus développées, pop et romantique dans ses chansons les plus Variété“.
(Sacrément bien ficelé ce dossier de presse (bis) !)

Je lui demande où il se place dans le métier de chanteur.

- Je suis entre la pop et le jazz. Mais, j’aime aussi beaucoup Souchon Berger, les mélodies de Dassin… J’ai conscience d’être en total décalage entre ce que je fais et ce que j’entends dans la chanson française d’aujourd’hui ? Les gens comme M, Delerm, Bénabar, Cherhal, Aldebert sont dans quelque chose de très contemporain, ce qui n’est pas mon cas. Je ne suis pas ancré dans mon époque. Je dois la vivre et la subir… point. Vous savez, les gens comme moi, un peu rêveurs, contemplatifs, ils sont là sans y être vraiment. Mais, tout le monde doit jouer un rôle clair et précis. La vie est comme une pièce de théâtre.

Pour quelqu’un de pas bavard, je trouve qu’il développe bien ses réponses.

- Aujourd’hui, les gens veulent du concret, du rapide, de l’immédiat dans l’art. Moi, je ne fais pas dans l’immédiat. Mes chansons ont besoin d’être écoutées plusieurs fois avant qu’on en saisisse les nuances. Elles ne se comprennent pas toujours du premier coup.

Quand on regarde une peinture ou quand on lit un poème… même cause et mêmes effets.
Il y a des niveaux de compréhension.
Florent Richard est un cas particulier dans ce métier de saltimbanque. Il est libre, classe et intemporel.

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