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Brisa

novembre 5, 2007

Une américaine à Paris

Pour Takes, son second album, Brisa Roché s’est dénudée. Refusant de dépendre de qui que ce soit, elle a décidé de s’impliquer dans toutes les étapes de la création de son album. Chaque titre de Takes est donc teinté de force et d’indépendance. Une leçon de prise de contrôle en 15 actes, tous plus élégants les uns que les autres.

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Question : Est-ce que vous préférez qu’on parle en français ou en anglais ?

Brisa Roché : En français. On est en France ! Je ne parle Anglais qu’avec mes amis américains qui sont ici, sinon, je me sens ridicule.

Q : Pourriez-vous m’expliquer le titre de l’album, Takes ?

B.R. : Déjà, ça veut dire ‘Prises’, tout simplement. Après, si on regarde le disque, avant le titre il y a mon nom, donc ça se lit comme une phrase : ‘Brisa Roché Takes’ (Brisa Roché prend).

Q : Et qu’est ce que vous prenez ?

B.R. : Je prends la responsabilité de ce disque sur mes épaules, parce que je me suis battue pour le faire comme je voulais.

Q : Mais vous vous êtes battue contre qui ?

B.R. : Hmm… Je me suis battue pour m’imposer dans toutes les étapes du disque, pour protéger le grain d’idée qui était le mien, pour résister aux critiques et aux avis sur ce qui marche, ce qui ne marche pas. Evidemment, toutes les personnes impliquées veulent que ça réussisse, et tout le monde a sa propre idée de ce qui fonctionne. De toute façon, je n’aurais jamais pu réaliser toutes les idées de tout le monde, parce que tout le monde a une idée différente, bien sûr, alors il fallait que je reste fidèle à mon idée. Il fallait aussi ne pas briser l’investissement des autres, donc tout ça représentait un combat, à plein de niveaux.

Q : Et ce n’est pas difficile de prendre le contrôle à ce point là ? Parce qu’on doit avoir peur de se planter, non ?

B.R. : Oui, c’est très dur, parce que dans l’art comme dans plein d’autres projets, on n’est pas sûr de soi, on n’est pas sûr du résultat. Déjà, on est crispé, parce qu’une création a une part d’inconnu, d’imprévu et de magie qu’on ne peut pas contrôler. Après ça, il faut que tu vendes ton projet comme si tu savais ce que ça allait être. Alors, tu vas nous faire quoi ? Ca va être quoi ce disque, ça va être comment ? Qu’est ce que ça va dégager exactement ? Sauf qu’on ne sait jamais ! (rires) Donc, pendant tout ce temps là tu dois bluffer, comme si tu savais exactement ce que tu es en train de faire. Tu dois non seulement assumer, mais en plus tu dois cacher toutes tes incertitudes et tes failles. Parce qu’il faut que tout le monde reste confiant, et reste impliqué dans ce projet autour de toi. Ils comptent sur toi comme chef, et comme quelqu’un qui n’a pas de doutes. Donc tu ne peux pas craquer à l’extérieur, alors à l’intérieur…(soupir) c’est chaud, parce qu’on est très seul.

Q : Cette période de doute, est ce que c’est une chose qui n’existe que pendant la mise en place de l’album ? Ou est ce qu’elle va s’étendre à la confrontation de l’album aux regards extérieurs ?

B.R. : Une fois que le disque était fini, une fois que je l’avais mixé, j’étais sûre de l’aimer. Maintenant, j’en suis fière et je l’aime, donc je suis assez étanche aux critiques.

Q : J’ai trouvé cet album assez contemplatif, comme un regard presque étonné sur le monde qui nous entoure. Est-ce l’effet que vous avez cherché à produire ?

B.R. : Je suis un peu comme ça. J’ai une espèce d’optimisme, de curiosité et de sensibilité envers ce monde autour de moi ; ça ne m’étonne pas que ça se ressente dans l’album. Eh puis, j’ai essayé de dire dans le disque qu’il faut rester naturel, attentif à ses propres plaisirs, son propre regard. Il faut résister à la pression d’avoir une expérience formatée par la société, ou les médias.

Q : Alors jusqu’à quel point l’album est-il autobiographique ?

B.R. : Eh bien, j’ai des obsessions personnelles qui apparaissent dans tout ce que j’écris. Je m’en rends mieux compte maintenant en regardant les paroles que j’ai écrites. Justement, je veux encourager les gens à respirer à leur façon, plutôt que de se plier aux pressions extérieures.

Q : C’est une ode à la diversité, finalement…


B.R. :
A la diversité, oui, évidemment, parce que chaque expérience va être différente si chaque personne reste fidèle à elle-même. Les façons de faire, de vivre et de voir seront très diverses, c’est vrai. Après ça, j’utilise des métaphores qui reviennent de façon obsessionnelle : les départs, les transports. J’encourage les gens à être libres, mais dans les morceaux, je suis aussi très tendre. Je suis un peu comme une maman, je leur dis d’abord : tu as tout ce qu’il faut pour réussir, tu peux le faire ! Eh puis je leur dis : viens mettre ta tête sur mes genoux, on va partir, on va aller loin… C’est comme si j’étais une source de repos pendant cette lutte que j’encourage chez l’autre.

Q : Mais ce côté maternel ne se retrouve absolument pas dans la pochette. J’ai beaucoup ri quand je l’ai vue pour la première fois…


B.R. :
(rires) Oui, c’est un peu l’idée.

Q : Mais pourquoi cette pochette ?


B.R. :
J’ai plein de culottes comme ça des années 50, et je les porte à la maison. Tu sais, quand je suis en train de créer et de bricoler des choses, j’ai chaud. Il y a une énergie qui se dégage de mon corps, et souvent je suis habillée comme ça quand je crée. Je voulais que la pochette me représente, et donc ça, c’est ce que je porte dans mon état de création et de force naturelle.

Q : Et qu’en est-il des micros que vous portez autour du cou ?


B.R. :
J’ai vraiment été intimidée par l’aspect technique de l’enregistrement d’un disque, et il fallait que je le maîtrise pour pouvoir faire ce disque. Ca veut dire télécharger des fichiers, les mettre dans les sessions informatiques, découper tout, les envoyer aux autres, les disques durs de machin, de truc… Cela m’avait toujours beaucoup impressionnée. Et là, je savais que je devais maîtriser ça pour être indépendante. Et je l’ai réussi ! Donc, la photo, c’est un peu la bête que j’ai domptée, je montre dans une pose conquérante ce que j’ai tué.

Q : Et puis les micros sont sur vos poumons et votre coeur.


B.R. :
Oui ! Le cœur est transmis par la voix à travers les micros.

Q : En même temps, avec le casque sur les oreilles, vous n’entendez rien, et vous ne regardez pas vers les spectateurs, c’est un peu renfermé comme pose, un peu timide…


B.R. :
C’est une pose qui est forte, puissante et confiante. En même temps, je suis tournée vers moi-même. Cela revient à ce qu’on disait par rapport à la difficulté de se montrer confiant pendant la période de création. Là, sur cette pose, j’ai besoin de rien, et les gens qui n’ont besoin de rien sont puissants.

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Takes ; Discograph, sortie le 5 novembre 2007

(Crédit photo : Cédric DeMartigny)

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