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Quidam

mars 4, 2008

Plongée en eaux troubles

Tumultueuse, tantôt parsemée de fièvre, tantôt de glace, la musique de Quidam a énormément plus de caractère que ne semble l’indiquer ce nom de scène derrière lequel les trois membres du groupe semblent s’abriter. Ces jeunes gens discrets ont su produire une musique énergique, pleine de fureur matinée d’élégance pop et accompagnée de textes qui parlent de l’errance, de l’enfance et d’un certain abandon de soi.

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C’est à Pigalle, sous un ciel noir d’encre, que nous retrouvons Yannick et Pierre, deux membres fondateurs du groupe dans une petite pièce surchauffée pour qu’ils nous parlent de cette aventure musicale nourrie de souvenirs et d’émotions pures.


Question : Comment vous êtes vous rencontrés?


Yannick
(chanteur et guitariste) : Pierre et moi on se connaît depuis treize ans maintenant. On vient tous les deux de Montluçon à côté de Clermont-Ferrand. On s’est mis à faire de la musique sérieusement ensemble quand on était en fac de psycho. C’est là qu’on a rencontré Romain.
Pierre (basse) : Avec Romain ça s’est fait complètement par hasard. Je venais de rentrer à la fac et j’étais paumé, j’ai demandé mon chemin au premier mec que j’ai croisé. C’est vraiment comme ça que ça a commencé (rires).

Q : Qu’est-ce qui vous a uni ?

P. :
On était vraiment assez proches tous les trois. On avait les mêmes goûts et puis on a vécu longtemps ensemble en colocation. Pendant des années en fait, on s’est retrouvés ensemble dans le même endroit.

Q : Comment s’est passé le travail sur ce premier album ?

Y. et P. :
Cela fait 5 ans qu’on existe. Ce premier album, on le prépare depuis le dÈbut. On n’a pas voulu faire un disque autoproduit. On cherchait vraiment une structure. La rencontre avec Naïve a été capitale. On a secoué toutes nos idées dans tous les sens tout en essayant de mettre une certaine homogénéité dans l’ensemble. C’est un album de ressenti, d’émotions. On a mis à la poubelle beaucoup de chansons qui ne nous parlaient pas assez, qui ne déclenchaient pas assez de choses en nous.

Q : La contribution de Niek Meul du groupe Das Pop ?

Y. : Un peu de folie. Les belges sont beaucoup plus décomplexés que nous. Il nous a donné un son très particulier. Pendant l’enregistrement il n’arrêtait pas de nous faire écouter des vieux trucs. Le matin, il nous mettait ses vieux disques sur la platine. On a eu droit à Blondie, l’album Blanc des Beatles, Gainsbourg aussi. Nick est un mec super ouvert. Il a réussi à nous emmener dans une direction où l’on ne serait pas allés de nous-mêmes. Avec un son médium, un peu glacé et fort mais sans que ça arrache la tête. C’est très cold wave et en même temps on a pu sortir un son de batterie et des lignes de basses très chaudes, très 70’s qui contrebalance.
P. : C’est vrai que beaucoup de vos morceaux semblent traverser par une certaine rage, de l’agressivité… Quand on est tous les 3 sur scêne, il y a un vrai truc physique qui se passe. C’est presqu’une lutte avec notre instrument. Quelque chose d’instinctif et d’énergique.

Q : Qui s’occupe de quoi au sein du groupe ?

Y. : je compose les mélodies et Pierre apporte les textes. J’ai choisi les textes qui me parlaient le plus. Après chacun y met du sien, on se réajuste.
P. : on a jamais validé un morceau où on ne ressentait pas une émotion commune.

Q : Parfois on pense à l’énergie contenue de Dominique A. …

P. : Oui complètement. C’est un mec qu’on aime bien, surtout l’album Auguri. Au-delà des textes, c’est un chanteur plein de talents. Il fait ses disques et il n’arrète pas de réarranger ses morceaux après ses concerts. On lui a d’ailleurs rendu un petit hommage dans la chanson “Nos Souvenirs” avec cette phrase qu’on lui emprunte : “Tu tournes ton dos contre mon dos” qu’il chante dans “Le Courage des Oiseaux”.

Q : Il y a aussi un petit côté Daniel Darc au niveau des textes, c’est un chanteur que vous appréciez aussi ?

P. :
Ah oui. Crève-cœur c’est vraiment un de mes albums préférés. Il dit qu’écrire c’est comme crever un abcès et j’ai aussi ce sentiment en écrivant mes textes. Il dit aussi qu’il écrit maladroitement. Moi je trouve que c’est de la très bonne maladresse !
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Q : Est ce que c’est le fait d’habiter Clermont-Ferrand ajoute un peu à cette tonalité assez noire qui traverse l’album ?

P. :
Oui je pense qu’habiter dans une ville qui est assez sombre à la base avec ces bâtiments construits avec des pierres volcaniques c’est vrai que ça a dû jouer sur l’inspiration. Quand tu marches dans Clermont, la nuit, il y a des choses qui te viennent à l’esprit. Comme quand tu croises la cathédrale très gothique. C’est un album sur l’errance, la nostalgie, l’abandon de soi. Ce sont des choses que l’on a vécues. Mais en même temps, c’est une région super contrastée avec les volcans et les montagnes. Cela peut être super contemplatif. Tu prends ta voiture, tu roules pendant dix minutes et tu te retrouves au milieu de nulle part. C’est une région où tu peux t’échapper très vite de la ville.

Q : Parlons des chansons justement. “En Hiver”, ce sont des souvenirs qui ne veulent pas s’éteindre?

P. :
Oui, ce sont des choses anciennes qui sont restées mais pas dans leur globalitÈ. C’est une de mes chansons préférées d’ailleurs. Cela ressemble à une course dans la neige où en même temps que tu respires à fond tu as le sentiment d’étouffer. «a me rappelle des journées à la montagne.

Q : On a l’impression que l’enfance joue un rôle capital. Est-ce qu’il y a une certaine nostalgie pour cette période comme dans le morceau “Mon Enfance” ?

P. :
On a vécu des enfances très heureuses. Et puis maintenant on est lancés à pleine vitesse, on est confronté à des trucs parfois durs alors se souvenir de ces années-là, ça représente comme un refuge quand ça va mal. Cela compte énormément pour nous. Il ne faut pas oublier tous ces moments de complicité, qu’on a pu avoir avec nos parents par exemple.

Q : La chanson “Sarah” ? C’est un peu funèbre non ?

P. :
Non, au contraire, je pense que c’est une chanson pleine d’espoir. C’est l’histoire d’une fille qui a vécu des trucs pas franchement drôles. Elle change d’endroit pour se reconstruire. Là où elle ira, elle sera en sécurité. Et l’eau aide à sa reconstruction.

Q : L’eau justement est un thème qui traverse beaucoup de vos chansons. Qu’est-ce qu’elle représente pour vous?

Y. :
Lorsqu’on s’immerge, on se sent en sécurité. On change de monde et c’est réconfortant. J’ai jamais fait de plongée mais je pense que les sensations doivent être extraordinaires.
P. : J’adore l’eau, je suis complètement d’accord avec ce que dit Yannick, l’eau peut t’aider à te reconstruire. D’ailleurs quand j’allais pas très bien j’allais nager 3 fois par semaine.

Q : Il y a aussi ce morceau “En Eaux Profondes”. Qu’est ce que vous avez voulu y mettre ?

P. :
Le message est hyper large ça peut s’appliquer à l’amour, à l’amitié à ce que tu vis au boulot. C’est, par exemple, dire à tes parents que tu les aimes. D’essayer de vivre les choses le plus sincèrement possible. Je préfère dire vraiment ce que je pense à quelqu’un et me brouiller avec lui pendant quelques temps plutôt que de rester hypocrite.

Q : D’ailleurs dans vos textes on ne trouve pas traces de cynisme ou d’ironie ça parle plutôt franchement des relations humaines non ?

P. :
Oui, on est des humanistes (rires) !
Y. : Le cynisme c’est un truc qu’il faut assumer et certains le font très bien. Mais nous on a pas voulu se cacher derrière des personnages. On a pas pris de chemins détournés pour dire les choses qui nous tenaient à cœur. Mais on essaye de faire ça avec distance et pudeur.

Q : Quidam. Comment s’est fait le choix de ce nom ? Est-ce que ça vous ressemble?

Y. : Nous on l’a choisi innocemment. Pendant longtemps on a pas arrêté de nous dire qu’on avait un des noms les plus pourris de toute l’histoire du rock ! Et puis pendant l’enregistrement de l’album on a décidé de complètement l’assumer et on s’est dit que finalement ça nous correspondait.
P. : Quidam ça représente des gens assez discrets dans la vie, qui travaille dur sur leur musique, et d’un autre côté on prend ce nom pour vendre des millions d’albums. C’est le paradoxe qu’on assume ! (rires)

Q : Quel genre de musiques ont traversé votre enfance ?

Y. : Moi j’ai grandi avec des parents qui n’arrêtaient pas d’écouter du rock anglais, comme les King’s, les Beatles, les Rolling Stones.
P. : Moi c’était les Cure à 13 ans et aussi Oasis, Blur.

Q : Faîtes-vous des reprises sur scène ?


P. :
Oui, on prépare une adaptation de “Heart of Glass” de Blondie. Sinon il nous arrive de jouer des morceaux de Blur ou de Blonde Redhead.
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En Eaux Profondes (Naïve), sortie le 25 mars 2008

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