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Alain

janvier 30, 2009

La force tranquille

Alain Souchon est le chanteur le plus important de la chanson française actuelle. Il n’y a rien à redire sur ce constat. Celui qui dit tout des travers de notre société (sans même que l’on s’en aperçoive) est sans nul doute le poète le plus subversif actuellement.

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Le revoilà qui revient nonchalant et percutant avec un douzième album (Ecoutez d’Où Ma Peine Vient) qui perpétue sa tradition : raconter le monde d’aujourd’hui, pas forcément dans ce qu’il a de plus réjouissant.


Question : « Écouter d’où ma peine vient » est un titre d’album très mélancolique… C’est votre état d’esprit du moment ?

Alain Souchon : Vous savez, les chansons, ça raconte plus la peine que la joie. D’ailleurs, les textes tristes sont plus faciles à écrire que les textes enjoués où on raconte que tout va bien.

Q : Vous aviez un de vos morceaux en téléchargement gratuit, avant la sortie du disque. Il y avait urgence à faire partager “Parachute doré” ?

Alain Souchon : Non, j’ai agi sous l’impulsion par rapport au monde maladif et mortifère qui nous entoure. Une fois de plus, on nous ment. Être un moteur dans l’économie est évidemment louable, mais on voit la réalité de ce qui se passe réellement, on est obligés d’être choqués.

Q : Vous évoquez aussi les femmes en prison dans 8 m2 .

Alain Souchon : Des femmes qui avaient fait une radio interne à Fleury-Mérogis m’avaient invité. J’étais assez bouleversé en sortant. En général, ces femmes agissent par amour. Leur mec leur dit d’attendre dans la bagnole devant la banque, tout foire, il y a trois morts et elles se retrouvent en prison pour la vie. Elles sont victimes de l’amour.

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Q : Il y a sur cet album, un titre de dernière minute signée Laurent Voulzy, “Popopo”. Une chanson sur le Che, mais loin d’être un hommage. Vous y allez fort!

Alain Souchon : Certes, l’homme était photogénique, mais il aimait surtout les armes et la castagne avant d’être un grand libérateur. Il donnait facilement des coups de pistolets dans la tête des gens. Plus généralement, la violence me dégoûte, les figures de l’extrême gauche « ultra » ne me font pas rêver.

Q : Vous ne dites jamais que vous êtes un chanteur engagé, alors que vous l’êtes !

Alain Souchon : J’avais envie de faire des chansons qui disaient mon point de vue, mais, en même temps, je trouvais ça idiot de faire des chansons engagées. Du coup, j’ai l’impression de m’être faufilé dans la vie. Je dis des choses dans mes chansons comme si je savais quelque chose, je vais sur scène comme si je savais chanter, je me faufile, quoi. J’essaie d’être léger. D’avoir de l’humour. Je dis bien « j’essaie » car c’est difficile.

Q : Vous m’avez demandé ce que je pense de votre disque. Je trouve qu’il décrit parfaitement le cynisme de l’époque, tout en douceur… c’est le programme permanent de Souchon et c’est ce que j’apprécie chez vous.

Alain Souchon :
Ah, tant mieux ! On peut faire des chansons très bonnes sur un album et se planter sur le suivant. Donc, à chaque fois, je suis inquiet. Je n’aimerais pas ne plus avoir de succès, ça m’emmerderait terriblement. Je m’arrêterais d’ailleurs.

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Ecoutez d’Où Ma Peine Vient
(Virgin), sortie : décembre 2008



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