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Sinsémilia

janvier 12, 2009

Des mots, des maux, démago ?

Après le succès du titre “Tout Le Bonheur Du Monde”, il y a 4 ans, Sinsémilia revient avec un nouvel album, En Quête de Sens… Un mélange de reggae (souvent dub), de rock et de chanson française.

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La France qui fout le camp, les actes plus forts que les mots, les expulsions, les machos, le temps qui file à vitesse grand V et le sens de la vie, tels sont quelques-uns des thèmes abordés par les Sinsé.
Interview-vérité du chanteur/porte-parole et âme du groupe, Mike.

Question : Vous voici de retour 4 ans après Debout Les Yeux Ouverts. Faut-il savoir s’arrêter pour mieux revenir?

Mike : Bon, relativisons la chose. Il y a eu deux ans et demi de tournée après l’album précédent… Ensuite, il fallait prendre le temps de faire les choses correctement. Ne pas suivre le rythme imposé par l’industrie du disque. Il faut faire un album quand on le sent, quand ça se justifie artistiquement. Et puis, certains membres du groupe en ont profité pour travailler sur des projets personnels… il est bon de s’aérer de temps en temps.

Q : Vous avez 17 années de concerts, vous avez été disque d’or (au minimum) sur tous vos albums… est-ce que vous continuez à vous faire plaisir en enregistrant des disques ?

M. : Chez moi, la notion de sincérité est liée à la notion de plaisir. On a un engagement envers nous même et du coup, envers notre public : être sincère dans ce que l’on fait. On ne cherche pas à faire pour que cela plaise, on fait pour que l’on se retrouve dans notre travail… on espère ensuite que ça touchera un grand nombre de personnes.

Q : Dans une chanson comme “J’admire”, vous dites que les actes sont plus importants que les mots.

M. : Oui, je le pense. J’ai écrit ça par rapport à la réputation qu’on a d’être un groupe militant et engagé. J’ai toujours été mal à l’aise avec cette étiquette là parce qu’on ne fait que de petites chansons… ce n’est pas nous avec nos guitares qui allons changer quelque chose à notre société. Moi, j’ai beaucoup d’admiration pour les gens qui travaillent sur le terrain. Ce morceau permet de resituer le propos.

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Q : Les artistes ne changent donc pas le monde ?

M. : Les artistes peuvent éventuellement pousser à réfléchir, aider à l’action, mais ce qui change le monde ce sont les actes. Je peux chanter contre la faim en France pendant des siècles et des siècles, ça ne vaudra jamais le quart du tiers d’une personne qui travaille aux restos du cœur.

Q : Dans une chanson comme J’ai honte, vous décriez un régime extrême, tout sécuritaire, vous dénoncez ce que vous ne supportez plus en France… à quoi cela sert-il si vous ne pouvez rien changer concrètement ?

M. : Je n’ai pas dit qu’on ne pouvait rien changer, j’ai dit que ce que nous chantons n’aura jamais autant d’impacts que ceux qui agissent sur le terrain. Je ne me demande jamais en créant une chanson, si elle va être utile. Si elle est utile pour moi, c’est déjà beaucoup. Dans cette chanson, je ne dis pas que je n’aime pas la France, au contraire, c’est parce que je l’aime que je ne supporte pas ce qu’elle devient. Les expulsions, les contrôles de papiers à la sortie de Restaurants du Cœur, tout ça…

Q : Vous comprenez que l’on puisse considérer que les paroles de vos chansons soient très démagogiques ? C’est vraiment mon cas. On vous reproche d’enfoncer des portes largement ouvertes…

M. : Ça me gonfle franchement quand on me dit ça. Les gens jugent sans savoir de quoi ils parlent. On exprime juste des idées qui nous correspondent. Dans la chanson “5 ans”, on parle des expulsions des sans-papiers à travers le prisme d’un enfant de 5 ans. On nous parle de ses expulsions comme des statistiques. Non, il y a des vies derrière… Moi, je suis père de famille, je me mets deux secondes à la place de ses parents qui vivent ces drames et ça me révolte.

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Q : Souvent, dans les interviews, vous évoquez les rappeurs français actuels…

M. : Quand je vois ce que sont devenues les têtes d’affiche du hip-hop en France aujourd’hui, ça fait mal. A la base, c’est un mouvement qui est censé amener une contestation intelligente et se faire l’écho d’une certaine souffrance. Aujourd’hui, je vois juste des clips avec des filles en string et des mecs qui brassent des liasses d’argent. J’ai du mal à comprendre comment on peut assumer ça comme valeur à défendre.

Q : C’est un peu le thème de votre premier single tiré de cet album, “Le retour des Cow-boys”. C’est une chanson plutôt humoristique.

M. : Contrairement à ce que vous pouvez penser, on ne passe pas notre vie à crier. On est capable de sourire de certains comportements et de certaines personnes. Les machos nous amusent.

Q : Musicalement, ce disque est de nouveau très reggae. Un retour aux sources ?

M. : L’envie nous a tirés vers ça. Longtemps, on a voulu prouver que l’on ne se prenait pas pour des Jamaïcains. Aujourd’hui, il est clair qu’on ne peut pas nous traiter de copieur, donc, nous sommes passés à la notion de plaisir. On vient tous de cette musique, c’est revenu naturellement.

Q : Dans “C’est déjà ça”, vous tirez un bilan de votre carrière.

M. : C’est la chanson la plus introspective de l’album. Il y a 20 ans, on pensait justement que nous pourrions transformer le monde avec nos guitares. On n’en est revenu aujourd’hui. En même temps, si on peut donner un peu de joie quelques heures, c’est déjà ça… Je me pose des questions du genre : au bout de 15 ans, je suis qui, je fais quoi, pourquoi je le fais… comme tout le monde, je crois. On repense à ce qu’on voulait devenir et ce que nous sommes devenus, finalement.

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En Quête De Sens
(Sony/BMG), sortie le 26 janvier 2009



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