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Varsovie

décembre 11, 2009

Warszawa dans les Alpes

Dans la classification encyclopédique du rock, on aurait vite fait de ranger Varsovie à coté de Noir Désir. Et pourtant, les trois Grenoblois se sont créés un univers bien à eux, peuplé de références littéraires et historiques indéniables, servi par des textes travaillés et des riffs tranchants et ciselés.

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Avant de se délecter de leur premier album qui sortira le 14 décembre prochain, rencontre avec le batteur du groupe, Arnault Destal.

Question : Cet album sort quatre ans après votre première démo, trois ans après l’EP, Neuf Millimètres. Il sort même un an après son enregistrement. C’est par souci de perfectionnisme ou par contrainte ?

Arnault Destal : Les deux. Les contraintes financières sont les premières à imposer leur rythme, du moins lorsque l’on n’a pas forcément de gros moyens et surtout lorsque l’on s’écarte des canons les plus vendeurs actuellement. Nous n’avons aucune artillerie derrière nous, alors tout prend trois fois plus de temps, mais ça fait partie du jeu. Malgré ça nous avons eu la chance d’être soutenus par des gens rencontrés après la sortie de notre EP, notamment Caroline, des Editions la Hussarde, qui a souhaité fonctionner à l’ancienne avec nous, c’est-à-dire sous la forme d’un mécénat qui a permis l’enregistrement de l’album, Etat Civil, tel que nous le souhaitions et aussi Infrastition Records avec qui nous avons une licence. Ensuite il est vrai que nous préférons graver des morceaux que nous avons eu le temps de malmener sur scène…

Q : Vous avez fait beaucoup de concerts à l’étranger. Comment décide-t-on de faire un show à Brno ou à Vilnius ? L’envie de voyager, de rencontrer des gens … différents ?

Arnault Destal  : Tout s’est fait assez naturellement. Le plus souvent ce sont les organisateurs de concerts, de festivals ou des membres de groupes qui nous ont directement contactés, grâce au bouche à oreille, suite à la diffusion de notre EP, Neuf Millimètres, ou après d’autres concerts, par échos.

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Q : Comment composez-vous les titres ? Tu places tes textes sur la zik de Grégory ? Ou l’inverse ?

Arnault Destal : C’est aléatoire. Il peut arriver que Grégory travaille sur un texte que j’ai déjà écrit ou alors que des riffs qu’il apporte m’évoquent quelque chose que je développe ensuite avec l’avancée du morceau, suivant l’atmosphère qui se dégage, suivant les rythmes que je place dessus ou les lignes vocales qui se dessinent. Ensuite nous arrangeons le morceau tous les trois, avec Yan. Puis nous testons la chose sur scène. Il arrive aussi que des morceaux aient évolué en fonction de notre interprétation en live.

Q : Tes textes sont souvent très sombres. Un peu comme les égouts du film Kana d’Andrzej Wajda. Y a-t-il des morceaux plus légers sur le nouveau disque ? Ou es-tu irrésistiblement attiré par la déprime et l’amertume ?

Arnault Destal : Oui et non. Les textes explorent des crises historiques ou personnelles qui souvent se rejoignent ; des expériences et des problématiques universelles pour le coup très classiques… Je n’ai rien contre les thèmes les plus ressassés du monde, que sont la mort, l’art, la guerre, l’amour, l’érotisme ou Dieu. Ce ne sont d’ailleurs pas des thèmes nécessairement désespérants. Ni lourds. Du moins, je crois. Il y a, çà et là, des références à quelques personnalités excessives au parcours tragique et séduisant, une certaine esthétique fin-de-siècle, qui n’est pas pour nous déplaire, des échos à des œuvres antérieures, quelques tentatives d’exorcisme, certainement… Et lorsque les textes évoquent des troubles plus contemporains, il est évident que le constat n’est pas vraiment réjouissant. Nous n’avons pas le goût des indignations officielles ou des rébellions institutionnalisées. «Je hais mon époque de toutes mes forces», écrivait Saint-Exupéry, qui n’est pas réputé pour avoir été un être obscur, et pourtant. Je ne m’astreins pas à écrire du «sombre» et je n’ai aucune attirance pour l’amertume et encore moins pour la déprime. On essaie de retranscrire avec le plus de justesse possible ce que nous inspire notre temps. Suivant notre prisme. L’origine de notre nom vient de l’insurrection de Varsovie pendant la seconde guerre mondiale, en 44. Un combat inégal, au milieu des ruines. Ce n’est pas parce que l’on remarque que tout s’effondre autour de nous que l’on est soi-même à terre. Les causes qui semblent perdues d’avance peuvent avoir aussi un côté terriblement excitant, pour ne pas dire enthousiasmant, surtout lorsque l’on part du principe qu’il y a encore quelque chose à défendre, à transmettre. Ne serait-ce qu’une part d’honneur ou de grâce infime. Peu importe. Et pour répondre précisément à la question, non, la teneur des textes n’a pas changé.

Q : Niveau matos, vous utilisez quoi ?

Arnault Destal : Rien de très original. J’utilise une batterie Pearl, nous avons un ampli Peavey pour la basse et un Marshall pour la guitare - une Gibson. Quant à la basse, elle est rouge. Sombre. Très élégante. Mais j’ai oublié la marque - un nom obscur.

Q : Pourquoi avoir enregistré  à Nantes ? Y’a pas ce qui faut à Grenoble ?
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Arnault Destal : Nous voulions enregistrer avec des gens expérimentés, connaissant notre musique, ayant des références communes avec nous, appréciant notre démarche et pouvant s’impliquer réellement dans le projet, et nous avions tout ça au Drudenhaus studio, qui n’est d’ailleurs pas à Nantes même mais au fin fond de la campagne au nord-est de Nantes, dans une vieille ferme aménagée, au milieu des champs, où nous avons passé un mois, coupée du monde, en compagnie de personnes charmantes, motivées et subtilement dingues. Ce fut donc un exil volontaire et productif.

Q : En parlant de Grenoble … à part vos copains de KHôL, y’a quoi comme groupes sympas à découvrir ? 

Arnault Destal : Des groupes sympas… Je dirais tous. Même si je n’en conseillerais aucun, a priori.

Q : Quelle musique écoutes-tu en ce moment ?

Arnault Destal : Là, tout de suite, Augenblick, de X-mal Deutschland. Sinon ça va de Joy Division à Slayer, en passant par Bashung, Bauhaus ou The Sound… Du post-punk, du deathrock, du rock 70s ou des musiques plus extrêmes… De la musique Baroque aussi et certains compositeurs contemporains. En plus récent j’aime bien Frustration et Scarlet’s Remains et des choses plus légères ou «mainstream» comme Vive la Fête ou Interpol… Sinon, le groupe tchèque, Garlands, mais nous devons posséder les seuls albums circulant sur le territoire français.

Q : Vous avez déjà  prévu des concerts pour 2010, pour présenter le nouveau bébé  ?

Arnault Destal : Oui il y aura certainement des dates en France, en Allemagne, en Italie et ailleurs, mais rien de fixé pour l’instant. Là nous revenons de Wien et de Brno, nous avons Zürich fin décembre… Ça devrait commencer à tomber pour janvier. Merci à toi pour cet entretien !


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