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Youssou

novembre 10, 2007

Youssou N’Dour, un homme qui compte

C’est le chanteur Peter Gabriel qui en parle le mieux : « J’ai vu Youssou N’Dour être l’objet d’une attente croissante et devenir sans effort un leader africain de premier plan. Il a imaginé avant tout le monde de lancer des campagnes pour l’élargissement des nouvelles technologies, il s’est engagé dans un combat contre le paludisme, a milité à l’Unicef. Il est pour moi une source d’inspiration, pas seulement comme artiste, mais comme individu. »
(Source : Time du 14 mai dernier, dans lequel le chanteur sénégalais figure au palmarès des cent personnalités les plus influentes de la planète.)

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Youssou N’Dour
a sorti il y a 3 jours son nouvel album : Rokku Mi Rokka (Give and take).
Je l’ai rencontré le 10 septembre dernier à l’hôtel Napoléon à cette occasion, mais, j’avoue que celui qui m’intéressait le plus, c’est le brillant homme d’affaires qu’il est devenu et celui qui s’implique dans l’humanitaire… mais parlons musique d’abord.
Avec son nouveau né, le maître du mbalax poursuit un voyage entamé avec les albums Nothing’s In Vain et Egypte (récompensé par un Grammy Award) au cœur des traditions sénégalaises.

- Ce qui entretient ma passion pour la musique, c’est la liberté avec laquelle je l’aborde (ma liberté). La liberté d’utiliser différents sons, d’explorer différentes sensibilités. J’ai débuté ma carrière professionnelle en interprétant de la musique cubaine, puis j’ai chanté du mbalax et de la pop et il me semble que si j’avais toujours fait la même chose, je m’en serais un peu lassé. Mais, vous savez, j’ai l’impression d’avoir apporté quelque chose de neuf, même en dehors de l’Afrique.

Youssou N’Dour ne se contente pas de continuer à explorer les traditions musicales sénégalaises, il les réinvente. Cet album est inspiré de la musique du nord du Sénégal, du désert, des frontières avec le Mali et la Mauritanie.

- Certaines personnes peuvent croire que la musique sénégalaise, ce n’est que le mbalax, qui est Wolof. C’est la langue la plus importante du pays, tout le monde la parle. Mais toute ma vie, j’ai répété que nous n’avions pas qu’une seule musique au Sénégal, nous avons une palette très large de sons et de rythmes. Quand j’ai commencé à écrire les chansons de cet album, j’ai voulu utiliser des sons très variés.

Il y a, dans ce disque, un peu de blues, un peu de reggae, un peu de musique cubaine.

- En Afrique, nous apprécions beaucoup ces rythmes, car nous les ressentons, ce sont les nôtres, bien qu’ils aient quitté l’Afrique avec les esclaves il y a bien longtemps.

Je ne peux pas ne pas évoquer le nouveau duo avec Neneh Cherry sur “Wake Up”.

- Neneh et “7 Seconds” ont énormément compté dans ma carrière depuis 1994 et nous avons conservé un lien très fort. Neneh est comme ma sœur, nous faisons partie de ces personnes en Afrique qui essaient de délivrer un message au reste du monde. Notre intention n’était pas de faire un nouveau “7 Seconds”, ce titre sonne au contraire beaucoup plus africain notamment grâce à des instruments comme la kora. Neneh a vraiment apprécié cette ambiance sonore. Nous venons du même continent et nous avons un même message.

Le titre de l’album “Rokku Mi Rokka” signifie : «tu me donnes quelque chose, je te donne quelque chose en échange».

- C’est ça le message de l’album : nous avons beaucoup reçu de la part des pays développés, mais nous nous souvenons que nous avons beaucoup apporté. Est-ce que cet apport a été valorisé, continue à l’être et le sera à sa juste valeur ? La personne qui est dans son village en Afrique apporte une grande contribution sur la table du développement culturel…

Les rumeurs sur Youssou N’Dour vont bon train depuis qu’il rencontre les grands de ce monde pour tenter de faire changer les choses. Début juin, il était au G8 d’Heiligendamm, près de Rostock, en Allemagne avec ses amis Bono (U2), Bob Geldof (promoteur des shows gigantesques Live 8 en 2005, pour exiger des puissants l’abolition de la dette des pays les plus pauvres) et Richard Branson (fondateur de Virgin).
On lui prête notamment des intentions d’occuper des responsabilités politiques. Il serait candidat à la députation, à la mairie de Dakar, à la présidence de la République du Sénégal, çà celle de l’Union africaine… il nie tout en bloc.

- Vous savez, beaucoup de problèmes en Afrique proviennent du fait que certaines personnes occupent des postes politiques très importants, alors même qu’ils n’ont aucune expérience dans ce domaine. Je m’implique dans la justice, les droits de l’homme. Ce que je fais c’est plus que de la politique et je fais de mon mieux en restant fidèle à ma première passion, la musique. Je n’ai aucun intérêt à faire de la politique. Je donne mon support à des projets et à des idées. Je ne suis pas d’accord, je le dis. J’ai la possibilité que beaucoup n’ont pas. Parler aux médias ou directement aux personnes responsables… j’utilise ce pouvoir à fond. Maintenant, si je fais peur, je m’en fous. Je fais ce que j’ai à faire…

Je sens Youssou N’Dour, un peu exaspéré de devoir se justifier. Il se tait un moment et reprends, comme pour recentrer le débat vers la musique.

- Moi, je suis simplement un militant. Ma musique a toujours été la porte pour parler aux gens. Il y a tellement de constats faits par tout le monde sans que rien ne change, qu’il faut finir par en parler, sinon, on ne va jamais avancer. Dans mon œuvre, je transmets mes messages. Mon boulot, c’est ma passion, la musique. Je n’ai pas d’ambition personnelle pour autre chose, que ce soit bien clair.

J’insiste un peu. Comme ça, pour voir où la conversation va nous mener.

- J’ai décidé depuis le début de ma carrière de rester en Afrique. Il y a énormément de choses qui me plaisent et d’autres qui me déplaisent. Je gagne de l’argent alors, j’en profite pour l’investir dans l’information. Je créé des emplois, je participe à la lutte contre le chômage, à la formation des Africains et à l’échange. Je veux rendre les gens dignes.

Peut-on reprocher à cet artiste, toujours en mouvement de posséder un studio d’enregistrement, Xippi, un label de musique, Jojoli, une boîte de nuit, la Thiossane , deux fondations humanitaires? Il a créé Joko, un réseau d’accès à Internet pour les plus démunis. Il possède aussi une radio, Radio Futur Medias, un journal, L’observateur (60 000 exemplaires par jour), regroupés au sein du groupe Futur Médias, qui emploie 104 personnes. (Merci à Libération pour toutes ces précisions !)

- Il y a des gens que je dérange, je sais bien. Je les considère comme une minorité. On ne peut pas faire l’unanimité et ça ne m’empêche pas d’avancer.

Je ne peux pas quitter Youssou N’Dour sans parler du Darfour, son nouveau combat… (alors, que le temps qui m’était imparti s’est écoulé royalement.)

- Le Darfour pose un problème à la fois ethnique, religieux et politique, qui a trait au terrorisme et à l’Islam. Ce conflit est très complexe. Il date de 2003 et implique plus de 200 000 personnes mortes et plus de 2 millions de réfugiés. Je crie au monde entier ce qu’il y a lieu de faire. Il faut pousser les Nations Unies, le plus rapidement possible, à trouver le moyen que la décision du conseil de sécurité d’envoyer des troupes pour calmer la situation soit faite immédiatement. La décision a été prise, mais l’action ne suit pas. Il n’y a rien d’autre à faire. Vous voyez, ils ont les moyens d’arrêter ce désastre, mais pour des problèmes d’intérêt, on en arrive à cette situation là.

Je sens qu’il faut que je laisse ma place au journaliste suivant. Avant de quitter mon siège, j’explique à Youssou N’Dour qu’il m’aurait fallu 2 heures pour étancher ma soif d’information à son propos.
Il me répond :

- Cette conversation était agréable, mais nous n’étions pas censés ne parler que de musique ?
- On ne m’a rien interdit, en tout cas.

L’homme est élégant, affable, il n’insistera pas.
Moi, j’ai ce qu’il me faut dans mon magnéto. Je salue la manageuse de “la figure emblématique de la word music” un peu maladroitement :

- Eh! La Gazelle , je vous écoutais sur RFI, avec Gilles O’Bringer, quand j’étais jeune.
- Ah, merci ! C’était il y a si longtemps ?
- Euh… ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Enfin, bon, j’aimais beaucoup le travail que vous faisiez tous les deux…

J’ai quitté l’hôtel, la tête basse.
Mais content, quand même…

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