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Zita

mars 26, 2008

Big blues urbain


En 2007, le ‘big band’ belge Zita Swoon, emmené par le charismatique guitariste/chanteur/compositeur Stef Kamil Carlens (ex A Beatband, dEUS et Moondog Jr), sortait en Belgique (uniquement) leur huitième opus, Big City.
Aujourd’hui, les anversois nous gratifient à notre tour de leurs compos vives et raffinées avec Big Blueville ; dix titres imparables et impeccables, mêlant d’anciens morceaux réenregistrés et de nouvelles compos (en français!).
L’esprit ouvert, le coeur à découvert, Stef Kamil Carlens livre avec humilité, honnêteté et une infinie gentillesse, les dessous de l’affaire Big Blueville.

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Question : L’année dernière vous avez sorti l’album, Big City, qui a été distribué uniquement au Bénélux ; pourquoi n’est-il pas sorti en France et est-ce la raison pour laquelle vous avez changé de label pour sortir Big Blueville ?

Stef Kamil Carlens : En effet, V2 n’a pas voulu sortir Big City en France. On ne sait pas exactement pour quelle raison.. sûrement parce qu’ils voulaient un ‘truc’ avec plein de tubes ou je ne sais pas quoi ! (rire grinçant) Alors on a cherché un autre label, ce qui nous a pris pas mal de temps, car ce n’est pas évident de trouver une maison de disques de nos jours. Eh puis, entre-temps on a eu plein d’autres choses à faire, notamment des tournées dans plusieurs pays. Donc il y a eu un certain laps de temps qui s’est écoulé entre le moment où l’on a sorti Big City et celui où l’on a signé chez Discograph.

Q : D’accord, mais pourquoi être retourné en studio pour enregistrer une nouvelle version de Big City ? Vous auriez très bien pu le ressortir sans le retoucher puisque le public français ne le connaissait pas…

S.K.C. : C’est vrai, mais je n’avais pas envie de ressortir Big City.. ça faisait déjà un an qu’il était sorti et je l’avais déjà défendu dans plein d’interviews, donc je voulais un autre disque. Mais, étant donné que les chansons n’étaient pas connues du public français, je me suis dit qu’on allait juste les réenregistrer, ça nous prendrait très peu de temps parce que l’on savait très bien les jouer. D’ailleurs on a dû mettre en tout et pour tout cinq jours pour enregistrer cet album… ça a été très rapide.

Q : Il y avait deux reprises (”Series Of Dreams” de Bob Dylan et “The Night” de Morphine) sur Big City qui ne figurent pas sur Big Blueville ; pourquoi ne les avez-vous pas reprises, et comment avez-vous procédé à la sélection des morceaux qui seraient repris (ou non) sur le nouvel album ?

S.K.C. : Pour être honnête, je n’y ai pas vraiment réfléchi… Le truc c’est que l’on avait très peu de temps pour tout refaire, parce que les autres membres du groupe étaient occupés avec d’autres projets et que j’avais ‘booké’ un studio pour quelques jours seulement. Donc j’ai juste dit ; “on prend cette chanson là, celle-là et celle-là..”. En tout, on a fait 12 morceaux, et on en a sélectionné 10 (les meilleures versions). Les reprises de Dylan et Morphine n’ont pas fait partie du lot, sûrement parce qu’elles étaient des reprises.

Q : Vous les avez remplacées par des nouvelles compos, c’est ça ?

S.K.C. : Oui, il y a deux nouveaux morceaux sur cet album ; “Josieanna” et “Quand Même Content”… [pose songeuse].. Mais tu sais pourquoi j’ai fait cet album avec un peu de ‘nonchalance’ ? Parce que je voulais sortir un disque même si je n’avais pas un grand message à faire passer. J’avais juste de belles chansons, un très bon groupe, et je voulais sortir un disque qui nous permettrait d’aller sur les routes et de jouer en France.. C’est tout. Le reste, ça ne m’intéresse pas. Mais pour cela, il fallait ressortir un disque… c’est comme ça que marche le système. Maintenant, on ne voulait pas ressortir exactement le même disque parce qu’entre-temps on savait mieux jouer les morceaux et qu’ils avaient un peu évolués.. Donc les nouvelles versions sont faites à 80% des anciennes versions et 20% de nouveauté.

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Q : Les morceaux que vous avez repris ont donc pris une nouvelle dimension ; du coup, aujourd’hui lorsque tu écoutes les deux disques, est-ce que tu considères le premier comme étant une “ébauche” du deuxième ?

S.K.C. : Non, pas du tout ! Parce que le premier est vraiment un album studio, il est beaucoup plus raffiné. On a travaillé longtemps dessus, il y a plein d’arrangements avec des violons, des voix et tout.. c’est plus étudié, et peut-être plus fragile aussi. Alors que celui-là est beaucoup plus direct et rugueux. C’est joué en live, sans over-dub ni violons. Du coup, cet album est plus brut et imprévisible.

Q : Vous les considérez donc comme deux albums à part entière dans votre discographie, et non deux versions d’un même album ?

S.K.C. : Hmm, disons qu’ils sont tout de même assez proches, bien qu’il y ait des nouveaux titres. Au début, on ne voulait d’ailleurs pas sortir cet album en Belgique, on pensait que ça ferait un ‘doublon’.. mais finalement on va le faire quand même parce que le public belge en a entendu parler et qu’il commence à le réclamer (rires). Par contre, on va juste le sortir dans les bacs, on ne fera pas du tout de promo.

Q : Ce n’est qu’à partir de l’album, A Song About A Girl (sorti en 2004), que tu as commencé à écrire des chansons dans la langue de Molière. Depuis, tu égraines de plus en plus de compos en français dans tes albums (ce dernier en compte quatre), et prends ainsi à contre-pied la tendance actuelle des groupes de rock belges (pourtant francophones, et non flamands comme c’est votre cas) à composer exclusivement en anglais. Pourquoi fais-tu l’effort de composer en français alors que ce n’est ni ta langue maternelle, ni (apparemment) la langue ‘du rock’ ?

S.K.C. : C’est vrai que cette tendance actuelle est un peu bizarre.. Je pense que l’une des raisons pour lesquelles tous ces groupes chantent en anglais est qu’ils ont vraiment envie de sortir de la Belgique. C’est un pays beaucoup trop petit, tu comprends ! Personnellement, c’est la raison pour laquelle je ne chante pas en flamand…parce que je veux sortir de Belgique. Je veux aller jouer en France et dans toute l’Europe, donc le français et l’anglais sont les deux ‘passeports’ pour voyager partout en Europe. Eh puis, en ce qui me concerne, ma femme est française, donc je parle très souvent en français à la maison. Maintenant, c’est sûr qu’écrire en français n’est pas un exercice facile, mais écrire en anglais ne l’est pas non plus… En fait, écrire, de toutes façons, n’est pas facile ! Mais bon, j’ai ma femme et des amis français qui m’aident un peu. Et je demande aussi à Miossec de ‘corriger’ certains textes, parce que je trouve ça bien d’avoir l’avis d’un autre chanteur/compositeur.. Il me conseille et me dit ; “non, ça ne se dit dit pas comme ça en français”, ou “qu’est-ce que tu veux dire par-là ?”.. Parce que parfois, quand je traduis directement de ma langue au français, ça ne veut plus rien dire ! (rires) Donc, j’aime écrire en français, parce que ça fait appel à une autre sensibilité, à d’autres influences et d’autres références.. il y a Gainsbourg, Ferré, Brassens.. il y a tout une culture de la chanson française qui m’impressionne et qui me fait rêver aussi. Mais au fond, pour moi la question de la langue n’est pas très importante. Tu vois, que ce soit de l’anglais ou du français, pour moi ça ne fait aucune différence puisque ni l’une ni l’autre n’est de toute façon ma propre langue. D’ailleurs, j’ai envie de chanter en espagnol aussi. Pour moi, une langue ne reste qu’une langue.. ça me fait penser à la tour de Babel où tout le monde parle des langues différentes, mais au fond il y a très peu de différences entre les individus. Bien sûr qu’un italien est différent d’un allemand, mais au-delà de ça, ils font plus ou moins partie de la même culture. Moi j’ai juste envie de chanter, d’aller sur la route, de faire des concerts devant un public. Je suis prêt à chanter dans n’importe quelle langue pour ça ! C’est pas un problème, je m’adapte.

Q : Cela dit, la langue a tout de même son importance. Par exemple pour Big Blueville, si l’on ne fait attention qu’à la musique et pas aux paroles, on peux avoir l’impression que c’est un album assez joyeux alors qu’en fait il y a beaucoup de morceaux tristes (”L’opaque Paradis”, “People Can’t Stand The Truth”, “Infinite Down”, “Je Range”..). Il y a un véritable décalage entre l’humeur des textes et l’ambiance des mélodies…

S.K.C. : C’est vrai. Mais je trouve que quand tu écris des choses sur la vie qui ne sont pas toujours très gaies à dire, ce n’est pas la peine d’en rajouter une couche au niveau des mélodies ! (rires) Eh puis, le fait que j’aie envie de parler de sujets tristes ne veut pas forcément dire que j’aie envie de faire de la musique qui rende les gens malheureux ! Je suis avant tout un “entertainer”, tu comprends ? Donc mon seul véritable but, c’est de donner beaucoup d’énergie, aussi bien sur un disque et que sur une scène. J’ai simplement envie de prendre du plaisir à jouer, et de donner du plaisir aux gens.

Mission accomplie !

Matez l’interview vidéo de Stef Kamil Carlens (Zita Swoon) en cliquant ICI.

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Big Blueville (Discograph), sortie : mars 2008



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