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Iam

avril 9, 2007

Tour de chauffe

C’est au lendemain de leur première date strasbourgeoise, et peu de temps avant la sortie de Saison 5, que nous avons pu rencontrer Shurik’n, Freeman et Imhotep, pour une interview où le temps semblait ne plus avoir d’importance. Un moment agréable où l’on constate avec plaisir que le groupe ne se la raconte pas.

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Question : Vous rendez vous compte que depuis quelques années et surtout depuis l’Ecole du micro d’argent, ce ne sont plus seulement les fans de hip hop qui viennent vous voir, mais également des gens issus d’autres horizons musicaux ?

Freeman : On a aussi connu cela avec l’album Ombre et lumière où il y avait un morceau qui s’appelait “Je ne veux voir plus personne en Harley Davidson”, où même les rockeurs venaient nous voir car ça les faisait rigoler. A l’époque, quand on a commencé dans le hip hop, il n’y avait rien, c’était le désert. Alors tu imagines bien que quand on partait faire des concerts, on était constamment sur scêne avec ces groupes de rock. Il y a toujours eu cette proximité avec ce milieu sans que cela apparaisse dans nos morceaux.

Q : Comment faites vous, après pratiquement vingt ans de carrière, pour être toujours là alors que vous avez pas mal de projets solos ? On vous a souvent comparés avec NTM dans le temps. Depuis, eux ils se sont séparés

Shurik’n : Les projets solos ont toujours été pour nous une façon de mettre plus de cordes à notre arc. Chaque projet solo est une expérience ! On revient fort de ces expériences quand on réintêgre le travail de groupe. Ca n’a jamais été autre chose que ça. C’est la volonté de s’épanouir et de ne pas avoir à imposer des choses. A six, c’est une chose, mais il y a des sujets et des façons de travailler que tu ne peux pas forcément imposer à plusieurs. Le groupe a toujours primé ! Ce qui fait notre force, c’est que pendant vingt ans, on a su garder la même vision de la musique, donc il y a eu peu de divergences d’opinion. On ne calcule pas, on fonctionne à l’envie et le jour où on s’ennuie, on arrête !
Freeman : La grande différence avec NTM, je pense, c’est que le groupe a été formé par périodes et en plus, à la base, ils n’étaient pas amis, ils se sont retrouvés dans une situation qui les a obligé à monter le groupe petit à petit. C’était plus un business qu’autre chose. Nous, ce qui nous a sauvé et qui nous sauve encore aujourd’hui, c’est qu’avant même que le groupe existe, on était vraiment des potes, des amis qui vivaient une passion commune et c’est ce qui a fait les fondations du groupe. On s’est toujours dit que le groupe primait sur tout ce qu’on faisait. Après, même quand il y a eu les solos, on était quant même en groupe. Par exemple quand j’ai sorti l’album Le palais de justice, tu ne pouvais pas avoir plus le groupe Iam que sur mon album, ce n’était pas possible. Tonton (Imhotep) m’avait fait des morceaux, Shurik’n m’avait fait des morceaux, et Akhenaton m’avait fait des morceaux aussi.

Q : Il y a toujours eu une interactivité entre les différents membres en ce qui concerne vos projets solo…

Freeman : C’est cela qui nous a réellement sauvé ! Le problème, c’est qu’on a toujours été habitué à ça, notamment à cause du rock, où quand il y avait quelqu’un qui partait, on disait : “ça y’est, ils ont cassé le groupe c’est fini !”. Nos projets solos ont toujours été des soupapes de sécurité par rapport au groupe puisqu’on pouvait faire ce qu’on voulait et ainsi revenir ensemble avec des expériences diverses.
Shurik’n : Les projets solos, c’est un peu : “Bon les gars, j’en ai marre, je vais faire un tour !”

Q: Il y a bien une autre explication à cette longévité ?

Imhotep : On a aussi une autre soupape de sécurité, c’est l’humour ! C’est fondamental entre nous. Il y a souvent des situations un peu tendues à cause de désaccords. Dans ces cas là, on arrive à tout débloquer grâce à l’humour, on se chambre à longueur de temps !
Freeman : Attention, on n’est pas en train de dire que IAM c’est Walt Disney ! (rires) Loin de là , sinon j’arrête ça de suite ! Il y a toujours eu de vrais accrochages entre nous et il y a toujours eu des divergences sur des pensées et sur les manières d’amener les projets à leur terme.
Imhotep : Moi, je ne suis pas d’accord avec toi ! (rires)
Freeman : On est toujours à se poser autour d’une table pour parler de tous les problèmes. Cela nous permet de crever immédiatement les abcès et d’avancer ! C’est comme une famille, tu peux t’embrouiller avec ton frère ou ta soeur, mais à un moment ou à un autre tu te dis : “de toute façon c’est ma soeur, elle ne changera pas, c’est comme ça !”. Dans le groupe, on réagit de la même manière et l’humour nous aide énormément. D’ailleurs, celui qui morfle le plus c’est lui ! (désignant Imhotep)

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Q: Votre longévité peut également s’expliquer par vos textes, notamment avec une chanson comme “Petit Frère” qui est toujours d’actualité aujourd’hui ?

Freeman : C’est là que tu te rends compte qu’il n’y a pas grand chose qui bouge. Tu parles de “Petit frère”, mais tu prends un morceau comme J’aurais pu croire tiré de l’album Ombre et lumière où Shurik’n parlait du père Bush. Bizarrement si tu la réécoutes aujourd’hui, on a vraiment l’impression que cette chanson parle du fils Bush et de ce qu’il est en train de faire en Irak. Moi Shurik’n je l’appelle Nostradamus !

Q: Les élections arrivent à grand pas, y a-t-il un parti qui vous a approché, un peu à la manière Cali par Fabius, ou M.A.P par Dominique Strauss Kahn ?

Shurik’n : Durant la carrière du groupe on a été approché plusieurs fois !

Q : Pas pour 2007 ?

Shurik’n : Je pense qu’ils auraient eu la même réponse que les fois précédentes. Je crois que dans nos paroles, on est suffisamment positionnés pour ne pas être relancés.

Q : Il y a une chanson dans votre nouvel album à paraître qui s’appelle “Rap De Droite”, de quoi parle-t-elle ?

Shurik’n : C’est une chanson qui parle de certains comportements dans le rap, qui nous font penser qu’il y a certaines connivences entre le milieu hip hop et le milieu politique.
Freeman : Comme dans le parti de Mr Nicolas Sarkozy par exemple.

Q : On a rencontré M.A.P il n’ y a pas si longtemps qui nous disait exactement la même chose au sujet d’un certain “rap français de droite”

Shurik’n : Après 20 ans d’existence dans le paysage musical français, le rap n’est-il pas le reflet exact de la société dans laquelle il essaye de s’intégrer, avec tous ses travers et ses avantages ?

Q : Pourquoi vous ne le faîtes pas vous alors ?

Shurik’n : De quoi ? Prendre position ?

Q : Non, faire du rap de droite !

Freeman : Parce qu’on n’est pas en France, on habite à Marseille !!! (rires)
Shurik’n : Je pense que c’est dans notre comportement, on a toujours veillé à ne pas apporter de l’eau aux moulins de certains clichés persistants.

Q : Comment expliquez-vous que pendant la crise des banlieues, Marseille est une des villes où ça a le moins pété ?

Imhotep : C’est que tout le monde était devant sa télé en train de regarder les parisiens !(rires) Ce qu’il faut savoir c’est que certains d’entre nous habitent dans des quartiers, où à deux cents mètres, il y a une bagnole qui brûle tous les week-ends ! Donc, c’est peut petre moins concentré mais malheureusement, c’est devenu un peu la routine à Marseille ! On était surpris que tout ça flambe en même temps, et que ce soit aussi médiatisé, ceci dit, les circonstances pour lesquelles ça a flambé, étaient suffisamment graves pour que ça flambe autant !

Q : Vous êtes vous inspirés de ces évènements pour Saison 5 et quelles en sont les grandes lignes ?

Imhotep : C’est très variable ! Il y a des points de vue sur la société, sur l’évolution du monde, sur la politique, mais au sens vrai, la vie de la cité, point de vue social, culturel..
Freeman : La grande ligne de l’album repose sur le fait que notre culture en France a amené quelque chose d’énorme, mais aussi en Europe et dans le monde. Mais on fait tout pour que ce ne soit pas les gens issus de la culture hip hop qui soient mis en avant mais plutôt d’autres personnes. Il faut reprendre nos droits de citoyen ! Par exemple, dans Saison 5 il y a un morceau qui s’appelle “United” et qui explique que le drapeau bleu blanc rouge, c’est à nous aussi. Le bleu blanc rouge ce n’est pas le front national ! Maintenant quand tu vois un drapeau bleu blanc rouge, on dit : “Oh putain, il est raciste !” Ce genre de clichés, il faut qu’on les arrète. C’est comme si le front national s’était approprié le drapeau national. Le drapeau bleu blanc rouge, il vient de Marseille, il vient de Belsunce ! La Marseillaise, elle vient de Marseille !

Q : Pourquoi vous n’utilisez pas votre statut, par exemple pour créer une radio qui ferait connaître des artistes d’autres horizons ?

Freeman : Tu sais, comme on dit à Marseille, on ne pète pas plus haut que notre cul ! Nous, on est des artistes à la base, et on fait les choses qu’on sait faire. Dans le business, il y a tonton (Imhotep) qui a un peu testé. L’amour qu’on a, à la base, c’est la musique, on veut vraiment pas se perdre. Un jour, Jo (shurik’n ) a sorti (et je me régale à le ressortir à chaque fois) : “Quand tu cours plusieurs lièvres à la fois, le soir tu manges que des légumes !”

Q : Vous pensez que dans quelques années, quand vous ne serez plus là , on se souviendra encore de vous ?

Freeman : Oh ! Nous mets pas la guigne (avec l’accent marseillais exagéré) (rires) Tu aurais dit ça à Ray Charles, t’es fou ou quoi ?

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Saison 5 ; Polydor, sortie avril 2007

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