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Christian Olivier

janvier 11, 2008

La tête (raide) pensante.

C’est un truc que j’ai toujours eu du mal à comprendre (et en même temps, je comprends parfaitement, hein, c’est juste une phrase qu’on dit comme ça… je les adore, les phrases qu’on dit comme ça…). Comment Christian Olivier, qui sort des disques avec son groupe les Têtes Raides (un des meilleurs groupes français, à mon humble avis) depuis presque 20 ans, n’est pas plus respecté/reconnu à sa juste valeur ?! Sa notoriété « grand public », n’existe que depuis peu.
Pour être clair, depuis sa collaboration avec une ancienne fan du groupe, Olivia Ruiz, et ce clip qui tournait en boucle, il y a quelques mois, sur toutes les chaînes musicales, le monsieur dit vaguement quelque chose au quidam moyen…

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Mais Christian Olivier est un grand… Qui n’a pas écouté les albums Mange Tes Morts, Chamboultou, ou autre Qu’est-ce Qu’on Se Fait Chier, n’a pas une grande vision de la chanson française actuelle.
(Je me surpasse aujourd’hui. Je viens d’écrire un truc très journalistico-pédant qui insinue que, tsss…, en fait, vous êtes des billes dans ce domaine, mais moi, je suis une véritable bête pour vous conduire sur le bon chemin.)
Allez, je peux en tout cas vous dire que Banco, le dixième album studio alterne brûlots politico-poétiques tels l’emblématique “Expulsez-Moi”, hymnes à la nuit, poésies à la veine surréaliste, et chansons d’amour, sur un fond musical toujours renouvelé, où l’accordéon retrouve sa place, au milieu d’un attirail électro-acoustique bariolé. On y croise Olivia Ruiz (ben tiens !) le temps d’un featuring sur le burlesque “Plus Haut”. L’album comprend en outre un véritable morceau de bravoure de 20 minutes, avec une interprétation passionnée de la poésie de Stig Dagerman Notre besoin de consolation est impossible à rassasier.
Après avoir vendu plus d’un million d’albums, les Têtes Raides continuent leur route unique, en dehors des ornières de la scène rock hexagonale et des sentiers bien tracés de la chanson française.
Je suis allé à la rencontre de Christian Olivier, à la Maroquinerie, dans ses bureaux de Mon Slip (le nom de son label 100% coton qui produit des artistes de la même mouvance, Jean Corti, Puss, Mell, Lola Lafon, Loïck Lantoine…etc.).
Rendez-vous à 14 h avec lui. Son attaché de presse est devant la porte blindée et, par la même occasion, fermée. Nous attendons 10 minutes quand une jeune femme arrive, nous fait monter pour patienter. C’est très grand. Il y a tous les labels de Christian Olivier réunis à cet étage. Jamais j’dégeule (qui produit les Têtes Raides) et le bureau Mon Pauvre Ami (édition musicale et papier de Christian Olivier). C’est d’ailleurs là que l’on me propose de patienter. Christian Olivier arrive à 14h20.
Un peu confus, mais droit dans ses bottes. Je sens qu’il a bien profité de son repas (il faisait très froid, ce jour-là… fallait bien trouver le moyen de réchauffer son corps…)
C’est bizarre, j’ai rencontré pléthore d’artistes dans ma vie, mais il fait partie de ceux qui m’impressionnent réellement.
Avant de brancher mon magnéto, je lui parle des disques que j’ai aimés de lui. Bref, je le (Jean)* amadoue afin qu’il sache qu’il a devant lui un professionnel de la profession qui connaît bien son sujet. Pourquoi cherche-je (Lama)* le respect mutuel quand je suis devant des gens talentueux dans leur domaine et qui, en plus, ne sont pas du genre à juger les autres ? Je ne sais pas. C’est comme ça. Un bête complexe.
[rdlr : hm… la rédaction décline toutes responsabilités quant au sens de l’humour et autres délires plus ou moins douteux de ses journalistes !-]
Mais, en tout cas, ça marche. Christian Oliver est délicieux. Au sens qu’il sourit, te répond droit dans les yeux en toute franchise. Il n’est pas très à l’aise en interview. Il cherche ses mots, bredouille ses mots, mais lance ses messages. Tous les poètes ne sont pas des orateurs.
Je lui demande s’ils vont bientôt fêter leurs 20 ans d’existence…

- Là, nous n’avons encore que 19 ans et demi de carrière. Nous fêterons cet anniversaire en 2eme partie de 2008. Nous sommes en train de préparer la pâte du gâteau, nous ne l’avons pas encore mis au four.

Christian Olivier m’explique qu’il se moque complètement de la notion de temps. Ils vivent les albums de sortie en sortie. Tout est à refaire à chaque fois, rien n’est gagné. C’est un travail de tous les instants.
Mais l’artiste est aussi chef d’entreprise. Je m’interroge sur les interférences que cela peut procurer par rapport à la création.

- C’est effectivement une charge supplémentaire. Lorsque la schizophrénie aura atteint son niveau extrême, je me poserai la question et me positionnerai clairement. Pour l’instant, je ne suis pas tout seul dans ma petite bulle. Il y a des gens qui travaillent avec moi. Dans Banco, il y a des réflexions sur comment, artistiquement, être complètement libre dans l’écriture musicale et des textes. Tu sais, quand je suis devant ma table et que j’écris des chansons, je ne pense pas à mes labels. Je ne pense qu’à ma création. Je suis dingue des mots, de la littérature, de la poésie, du style…
S’il y a de l’artisan, du goût de l’objet, du tactile, chez Christian Olivier, c’est peut-être à son menuisier de père qu’il le doit.

- La musique, c’est très abstrait. Les mots, les mélodies, le son, c’est de la matière qui se travaille. Pour moi, c’est une passion absolue. Choisir un mot est à la fois plaisir et souffrance. Tout passe par le corps.

Il ne parle pas de «transe» mais je suis certain que ce n’est pas loin de cette idée.
Ce que j’apprécie dans l’écriture de Christian Olivier, c’est l’urgence de dire, de dénoncer. Ses textes sont des cris universels.

- J’ai la volonté de laisser les portes grandes ouvertes pour que la personne qui lit ou entend le texte puisse l’interpréter, se raconter sa propre histoire.

Chez lui, comme pour un livre, du 1er au dernier morceau du disque, il y a une logique, un chemin à suivre.
Du bel ouvrage, je vous dis !
Je lui montre la note que j’ai reçue avec le disque. « Banco est sans doute l’album le plus varié du groupe depuis le début de sa carrière…». Je lui dis que cette phrase est « débile », d’autant plus que je ne trouve pas que ce soit l’album le plus varié, ni le plus novateur. Le précédent Fragile, je l’avais trouvé ainsi (ce n’est d’ailleurs pas l’album qui a le mieux trouvé son public.). Celui-ci est dans une certaine continuité. À la fois personnelle et universelle dans les thèmes abordés, acoustique et électrique, bruitiste et feutrée. Il y a un mélange d’accordéon et de guitares électriques toutes griffes dehors.
Christian Olivier insiste sur un point :

- Mais quand même, nous avons changé de batteur. Ce n’est pas rien çà. Le son n’est plus le même à ce niveau là.

Ouaips !
À la fin de l’interview, comme je suis très intéressé par Benoît Morel (je le place à un niveau similaire au leader des Têtes Raides), je lui parle aussi des Chats Pelés. Un trio de graphistes réunissant Christian Olivier, Benoît Morel, justement, (chanteur de La Tordue) et Lionel le Néouanic (alias Zemle).

- C’est une belle aventure. C’est nous qui illustrons tous les disques des Têtes Raides et de La Tordue. C’est une autre passion. Là, non plus, je ne pourrais pas m’en passer.

Christian Olivier n’appartient à aucun clan, il désobéit à toute catégorisation.
C’est pour ça qu’il me fascine.
Le terme rebelle lui sied à merveille.
Qu’il continue sa route encore longtemps. Une route que vous pourrez croiser prochainement.
En attendant, hop ! Je m’efface dans le froid. ..

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