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Etyl

avril 8, 2008

Etyl… en avance sur son temps !

Parfois, je suis courge…
On me donne rendez-vous avec Etyl au Zebra Square, le soir de la sortie de son deuxième disque Les Souris (le 25 mars dernier).

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J’arrive un peu en avance et m’installe à une table. Je vois, à côté, une charmante fille qui a l’air de me regarder… avec insistance. Je connais mon charme irrésistible, mais quand même, ça devient gênant. Je ne sais pas, je suis ailleurs, je pense à autre chose. Puis je m’aperçois qu’il s’agit d’Etyl. Elle doit se demander si je suis le journaliste avec qui elle a rendez-vous. Se regarder en chien de faïence, c’est bien, mais moi, je n’ai aucune excuse. Je connais parfaitement son visage.
Parfois, je suis courge…
Très vite, je réagis (oui, je suis très réactif). Je me présente à elle. Elle me regarde bizarrement se demandant certainement pourquoi je ne me suis pas venu directement vers elle. Mais elle ne fait aucun commentaire.
La jeune fille est souriante. Nous discutons un peu avant de commencer l’interview. Quand elle voit mon magnéto, elle dit tout de go :

- Oh ! Moi aussi j’ai un vieux dictaphone pourri pour mes chansons !

C’est sorti du cœur. J’hésite à me lever et à la laisser en plan. On n’insulte pas mon bon vieux magnéto impunément…
Je décide de rester quand même, parce que bon, en toutes circonstances, il faut savoir se maîtriser, rester professionnel.
Je lui dis que j’ai chroniqué son premier disque La Tortue dans mon magazine (voir ma précédente note sur la dame). Elle me remercie.

- Je n’ai pas été soutenue par les radios, mais j’ai eu pas mal de « presse »… j’ai été gâtée parce que ce n’était pas gagné.

Il faut dire qu’il y a 3 ans, le mélange chanson française, musique électro n’était pas encore très courant. J’irai jusqu’à dire que c’était inédit. Les albums succès d’Émilie Simon et de Camille n’étaient pas encore sortis. Etyl était la première à innover.

- A l’époque, ma maison de disque était totalement pétrifiée à l’idée de faire de l’électronique en chanson française. Elle me disait que c’était beaucoup trop novateur, bizarre et pas assez vendeur. Selon elle, l’électronique allait mourir 6 mois plus tard… Je n’ai pas lâché l’affaire, mais du coup, ça a pris plus de temps et le projet a été compliqué à mettre en place.

Etyl a créé sa propre structure. Lady Blue pour pouvoir tout maîtriser de A à Z.

- Je n’aime pas dire ça, parce que ça peut jeter un discrédit artistique sur moi. Il y a des gens qui sont choqués que je sois capable de parler d’argent, de tenir un planning, de faire une fiche de paie. Le fait que je dise à d’autres artistes : « Bougez-vous, soyez indépendants, montez votre label, faites ci, faites ça… », ça ne plait pas toujours. J’ai les pieds sur terre, mais ça n’empêche en rien la créativité. Il faut savoir que je suis devenue comme ça par la force des choses. Si j’avais été une artiste prise en main totalement, avec la capacité d’exprimer mes désirs, mes volontés et mes problèmes existentiels, je peux vous assurer que ça ne m’aurait posé aucun problème.

Le deuxième disque d’Etyl est plus acoustique. Je lui demande si c’est pour toucher un plus large public…

- Il est plus consensuel, mais pas pour de mauvaises raisons. C’est la scène qui m’a poussée à faire ce choix. En concert, on se rend vite compte que quand on a le nez dans les machines, on est coupé du public. Il y a un moment, on ne peut pas avoir la double casquette de programmatrice et d’ « ambianceuse ». L’important, ce sont les gens présents dans la salle… quand on les lâche, ils le sentent tout de suite.

Est-ce donc une concession à son travail ?

- Un peu. Mais je développe aussi des projets plus expérimentaux qui sont difficiles d’accès et qui n’auront pas une existence médiatique commerciale. J’aime par-dessus tout m’amuser avec les sons, les textures de son… ça ne changera jamais. Je continuerai longtemps mes recherches. En revanche, pour exister, pour avoir un personnage cohérent, il faut bien que je sois un peu plus accessible.

J’aime beaucoup la franchise de la demoiselle. Je lui affirme, en tout cas, que je trouve qu’entre les deux albums, il y a une certaine cohérence.

- Ah ! Vous trouvez ? Ça me fait plaisir parce que j’avais peur de déstabiliser mon public de base. Vous savez, j’ai une ambivalence dans ma personnalité qui se retrouve dans ma musique.

Etyl est restée la même chanteuse, très organique. Son ton est resté caustique, sensuel et sensible.

- Plus encore dans Les Souris, j’ai l’impression. Dans une chanson comme “Noël”, je pense chanter tout haut ce que les autres pensent tout bas. Souvent, j’exprime des vérités qu’on n’a pas toujours envie d’entendre.

Les chansons d’Etyl sont personnelles, mais elle fait en sorte que chacun puisse s’identifier sans que le propos soit modifié. (C’est le cas de “Debout”, par exemple). Pour tout dire, elle joue autant avec les sons qu’avec les mots. Un travail de longue haleine…

- Pour moi, une chanson, ça ne s’arrête pas, ça s’abandonne. Pour 80% des titres de l’album, je dois avoir 4-5 versions de chacune…

Je lui demande dans quel état elle se trouve quand elle est en mode « création ».

- Ce n’est pas toujours évident de faire sortir quelque chose de soi, surtout quand on essaie d’être honnête. De temps en temps, il y a des choses pas très jolies qui ressurgissent et qu’on n’apprécie pas toujours. Il faut faire avec. Globalement, je suis assez terrienne, casanière et épicurienne. J’aime être seule dans ces moments là et je m’arrange pour ne pas faire souffrir les gens qui m’entourent…

Pour conclure, je n’irai pas par quatre chemins, cet album est un album qui fera date. Tout est bon dans Les Souris. Un véritable miracle !

Je lui dis en rigolant (mais pas tant que ça…) qu’elle a tout pour devenir une artiste culte. Dans deux ans, elle sera moins accessible, elle donnera des interviews au compte goutte, mais j’espère qu’elle gardera la fraîcheur et l’honnêteté qu’elle m’a donnée lors de cet entretien.
Une chose est certaine, il est hors de question que je ne continue pas à suivre sa carrière de très près.
Parce que, personne n’a compris un phénomène essentiel : la chanson française de demain est déjà là depuis trois ans.
Elle s’appelle Etyl



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