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Louis Chedid

janvier 3, 2011

Ainsi soit lui.. ainsi soit Louis

L’une des chansons les plus connues du répertoire de Louis Chedid s’intitule “Ainsi soit-il”. Elle témoigne de cette vie qui, album après album, se déroule devant nous comme un long travelling. Un plan-séquence parfois discret – « mais je suis quelqu’un qui rebondit bien dans ses moments de creux », sourit-il. Il en a eu quelques-uns, des moments creux, certes, mais jamais très longs… et jamais très creux.

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Louis Chédid est un « contemplatif » assumé, doux rêveur revendiqué au point de faire profession de « faire rêver les autres ». Rencontre avec ce grand monsieur de la chanson française pour la sortie de son nouvel album au titre fleuve, dont l’évidence s’écoule aussi simplement que l’eau du ruisseau : On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime. Comme un écho à ces mots de Victor Hugo : « Il faut s’aimer, et puis il faut se le dire, et puis il faut se l’écrire… ».

Question : Tu as enregistré ce nouveau disque avec ton fils Matthieu (le chanteur -M-)…

Louis Chedid : Il n’y a rien de planifié entre nous. On a un plaisir énorme à travailler ensemble et j’espère que l’on continuera ensemble longtemps parce que les expériences ont toujours été positives. Au fond, ça fait presque 20 ans que l’on bosse ensemble à petites touches. Il est même venu jouer en toutes discrétions sur certaines de mes tournées. D’abord et avant tout, c’est une relation musicale que nous avons, après le côté père-fils, c’est la cerise sur le gâteau. Le fait que l’on se connaisse depuis toujours, ça emmène un truc en plus, mais au départ, c’est vraiment deux musiciens qui bossent ensemble. Sur son album Mister Mystère, c’était la première fois qu’il me demandait de travailler sur un projet à lui. Ça nous a rapprochés encore plus. Pendant les mixages, je lui ai proposé que l’on fasse mon futur disque ensemble. Que l’on joue tous les instruments à deux. Ca l’a séduit parce que lui, son fantasme, c’est de faire un disque tout seul. On s’est retrouvé en studio en janvier 2009, on s’est pris 10 jours et on tout fait pendant ce laps de temps. On a bossé finalement de manière très détendue et en dix jours, nous avions une quinzaine de chansons. C’était fou ! On a enregistré presque deux chansons par jour.

Question : Avant l’enregistrement de ce 16ème album, on imagine que tu t’es posé l’éternelle question : « de quoi vais-je bien pouvoir parler ? ».

Louis Chedid : A chaque disque, on a peur de lasser. C’est effrayant ! Aujourd’hui, c’est le début… les journalistes entendent le disque depuis quelques jours et le retour est plutôt encourageant et bienveillant, mais il y a un mois, vous m’auriez-vous… j’étais décomposé. Ce disque là, évidemment, c’est mon premier disque. Les 15 disques d’avant, je dirai même que ça me dessert. Il y a des gens qui ont adoré “Ainsi soit-il” ou “Anne, ma sœur Anne”, “T’as beau pas être beau” ou “Papillon” ou je ne sais quel autre titre et qui vont obligatoirement les comparer à mes nouvelles chansons. Ce n’est pas un « plus » les études comparatives, vous savez. Quand on fait un disque, on a envie d’être actuel et on n’a surtout pas envie de vivre sur un capital. En tout cas, ce n’est pas mon truc du tout. Cet album est donc pour moi, le tout premier. Je commence ma carrière, là.

Question : Ce nouvel opus (On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime, cliquez sur le titre du disque pour en lire la chronique) offre son lot de chansons intemporelles, tendres, drôles ou déchirantes. Des ritournelles jamais mièvres, capables d’épouser l’amour, osant le déclarer, de le faire encore une fois rimer avec toujours ou avec « rupture », mais sans drame…

Louis Chedid : L’amour est au cœur de ce qui me fait chanter. Après tout, la plupart d’entre nous ne rêvent que de ça : être heureux en amour…

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(crédit photo : Bernard Benant)

Question : Comme autrefois avec les titres marquants : “Anne ma sœur Anne”, “T’as beau pas être beau” ou le “Chacha de l’insécurité”, sur ce nouvel album tu proposes toujours des chansons impliquées, comme le titre, “À force” (« de rêver d’un repas et d’un lit chaud (…) on s’imagine pas un jour sans abri »). Comme Alain Souchon, tu es l’un des chanteurs français les plus subversifs, l’air de rien…

Louis Chedid : Il n’y a pas que nous, il y en a d’autres… Après, effectivement, nous avons une façon de concevoir les chansons qui attirent les oreilles. Elles peuvent être graves et profondes, aux messages engagés, mais nous faisons en sorte que la musique ne paraphrase pas le texte. La musique n’est pas dans le même état d’esprit que le texte. Par exemple, quand j’ai fait de la scène avec “Anne, ma sœur Anne”, je voyais les gens suivre le rythme en tapant des mains. Au début, ça me choquait, je me disais qu’ils ne comprenaient rien à la chanson. Eh bien si ! Au contraire. S’ils n’avaient pas tapé dans leurs mains, ils n’auraient peut-être jamais été séduits par le texte. Il faut qu’il y ait quelque chose de spectaculaire dans une chanson, quelque chose qui séduise. Je ne me censure jamais, mais quand j’ai un message d’important à faire passer, je veux que ce soit quelque chose qui fasse bouger les gens.

Question : Tu sembles être devenu un espèce de sage. Cet album est plus profond que les précédents…

Louis Chedid : Peut-être que je suis devenu plus profond. C’est l’avantage de l’âge et de l’expérience. (En riant) Soit on n’a rien compris et là, c’est foutu, soit on a vécu des tas de trucs, positifs ou négatifs et ça vous fait relativiser, on est plus sur des choses essentielles. Heureusement qu’on tire des conclusions des expériences de nos vies. Je me rends de plus en plus compte que les choses qui touchent le plus les gens, c’est quand vous êtes sincères et vrais, que vous parlez des choses qui viennent du fond de vous. Les artistes sont souvent touchants dans leurs faiblesses et leurs défauts, pas dans la brillance de soi même.

Question : L’album s’ouvre sur “Tu peux compter sur moi”, chanson sur l’amitié… Quel genre d’ami es-tu ?

Louis Chedid : Je pense que je suis quelqu’un d’assez affectueux, assez peu égocentrique. Pudique et à la fois mettant à l’aise les gens. Je ne suis pas du tout dans le rapport de force. Je déteste les rapports de pouvoir avec les gens, cela m’horripile. Je trouve que c’est très important de rester normal.

Question : La chanson, “Maman, maman” est dédiée à ta mère (l’écrivain et poète, Andrée Chédid) qui est en train de s’éteindre doucement…

Louis Chedid : C’est purement émotionnel. Cela vous sort comme cela. Je ne suis pas un cérébral, je suis très instinctif et c’est ma façon à moi d’envoyer un message autrement que par la voie traditionnelle. C’est quelque chose qui vole, va dans un sens ou dans un autre ou… nulle part. C’est comme un mot de tendresse que l’on met sous l’oreiller ou sur un frigidaire. C’est aussi simple que cela. Je ne me demande pas si c’est impudique. J’estime que c’est comme cela qu’il faut que je le fasse. Je préfère ne pas en dire plus.

Louis Chédid, homme pudique et sensible.
Chanteur à part.

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On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime (PIAS), sortie : Novembre 2010

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