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Yoanna

mai 14, 2007

A fleur de peau

Ne croyez pas une chose.
Qu’il est plus facile d’interviewer un jeune artiste qu’une célébrité.
Pour moi, c’est exactement le contraire. Une personne qui a une longue carrière derrière elle, je la connais bien, les questions sont légions… Un nouveau (dans le cas présent, en l’occurrence, une nouvelle) qui débute, c’est parfois, franchement pas facile.
Parce que timidité. Parce que méfiance des journalistes. Parce qu’exercice difficile d’expliquer mieux devant le micro d’un inconnu ce qui est parfaitement dit ou suggérée dans l’œuvre de la dite personnalité.
Je sais tout ça. Mais, j’adore faire découvrir les jeunes qui débarquent sur la planète art.

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Celle-là, je l’ai découverte un peu par hasard et j’ai décidé de ne plus la lâcher.
Le 30 avril, nous avons fini par réussir à caler une date pour nous rencontrer.
Un bar à côté du Divan du Monde (où elle se produisait une nouvelle fois).
18h, je la vois arriver avec un homme.
Son producteur, je crois.
Nous nous installons à une table.
Elle, un peu méfiante.
Elle m’avoue avoir lu ce que j’ai pondu sur elle ainsi que les commentaires.
Il était beaucoup question de son physique.
Je ne sais pas si elle a apprécié.

- Mais, vous n’allez pas vous plaindre d’être belle quand même…

Elle sourit, un peu gênée.
Je lui demande :
- Je peux vous tutoyer ?

Un temps avant la réponse.

- Exceptionnellement, oui.

J’imagine que c’est du second degré. Je lui dis que je la trouve pince-sans-rire. Sur un DVD que l’on m’a envoyé, je l’ai vu se moquer d’un journaliste en répondant systématiquement à côté des questions posées…
Pour une jeune artiste, j’avais trouvé cela gonflé.

- C’est souvent pour éviter les réponses. La promo n’est pas la partie du boulot que j’ai choisi. Je pense que je ne le fais pas très bien et qu’il faut que j’apprenne à être à l’aise dans cet exercice. C’est comme une roulette. Ca dépend sur qui tu tombes. Si je me retrouve avec quelqu’un avec qui ça ne le fait pas, j’aurai beaucoup de mal à tenir.

Il y a de la graine de star dans cette fille-là.
Bon, je me tiens à carreau.
Elle poursuit :

- Déjà, si on commence à me demander si mes chansons sont autobiographiques, je n’aime pas ça alors je réponds ce qui me passe par la tête.

Ça me titille de lui demander si ces chansons sont autobiographiques, comme ça, pour voir sa réaction.
Et puis non.
Je préfère que cela se passe au mieux entre nous.
Sur Yoanna, je lis souvent qu’elle est, en quelque sorte, le chaînon manquant entre Yvette Horner et les Bérurier Noir.
Quelle bêtise ! Les Bérus OK ! Mais Yvette…
Toutes celles qui jouent de l’accordéon doivent être comparées a elle ?
Yoanna est jeune, moderne, jolie et aussi sensible que destroy.
Les cinq textes présents sur ce premier album autoproduit sont percutants, amusants et pleins d’entrains portés par une voix rocailleuse et intense. La jeune femme aborde sans complaisance amour et thème social avec simplicité, sur des airs folks et une gouaille émouvante. La maladie, qui ouvre l’album, est une chanson très forte dont personne ne comprend le sens exact. Tout le monde (à commencer par moi) pense qu’il s’agit d’une chanson sur une fille qui aime trop les hommes…
Euh… perdu.

- C’est en fait une chanson d’amour écrite à une femme.

Ce qui me permet de lui dire, hypocritement, que ces chansons sont poétiques (ça c’est vrai) parce que le sens des paroles ne se devine pas à la première écoute. J’hésite à lui demander si “La Fleur” parle bien d’un inceste.
J’ai bon.
Vous l’avez compris, les textes sont forts, mais elle fait avaler la pilule (si je puis dire) sur une musique généreuse et festive. Le mélange est, du coup, détonnant.
Je vous le dis tout net. Si on donne les moyens à cette grande artiste de se faire connaître, elle risque bien de casser la baraque.
Son producteur me confirme qu’il y a plusieurs labels sur le coup, que ce soit en distribution ou en contrat de licence. De plus, elle est entrain de finir son premier disque “officiel” (réalisé avec plus de moyens financiers et de musiciens) comprenant 13 ou 14 titres.
Bonne nouvelle donc. Yoanna sait transmettre les émotions très facilement. D’une chanson à l’autre, on rit ou on pleure.
Sur scène, j’ai rarement vu ça.

- J’ai beaucoup d’admiration pour les one-man-show… Tous ces gens qui parviennent à faire rire allègrement toute une salle et juste après, à faire chialer, ça m’impressionne.

Je lui dis que c’est exactement ce qu’elle fait.
Elle ne sait pas quoi dire devant les compliments, elle ne dit donc rien.
J’observe cette fille en me disant que, décidément, j’ai devant moins une très forte personnalité.
En fait, je vais être clair. Je ne suis pas très à l’aise. Comme impressionné. Je ne cesse de rencontrer des artistes, tous les jours et elle, toc ! Elle me fout le trac.
Bizarre.
A-t-elle une idée de l’image qu’elle projette ?

- Je n’en n’ai aucune conscience et je ne veux surtout pas le savoir. Je me laisse aller comme je le sens. On me dit souvent que je ne fais pas comme tout le monde… moi, je veux juste faire ce que j’ai réellement envie de faire. Ce n’est pas plus compliqué !

Non, certes, mais il faut y mettre les formes, une espèce de diplomatie.
Pas sûr que la jeune Suissesse (qui vit à Grenoble) soit douée en la matière. Mais, cela n’a aucune importance.
C’est ce qui fait et fera longtemps son charme.
Une chanteuse sans concession et exigeante.
Je ne l’ai pas dit à Yoanna, car les artistes détestent les comparaisons.
Mais Piaf n’est pas loin.
Sa façon de rouler les R.
Ses débuts dans la rue et les bistrots.
Ce souci de ne rien lâcher.
Ce charisme qui saute aux yeux.
Cet animal solitaire, difficile à apprivoiser (même si elle se produit parfois avec des musiciens), ira loin.
Très loin.
Je prends le pari.
Je m’engage rarement.

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