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Mark Knopfler

septembre 26, 2009

L’infatigable songwriter

Le compositeur/chanteur/guitariste et fondateur du groupe mythique, Dire Straits, Mark Knopfler, poursuit sa carrière en solo depuis maintenant 13 ans. Sa discographie, composée de nombreuses B.O. de films (The Princess Bride, Last Exit to Brooklyn, Des hommes d’influence…) et d’albums en duo (avec Chet Atkins, Bob Dylan, Willy DeVille, Emmylou Harris..), s’élargit d’année en année… à croire que l’inspiration ne le quitte jamais !

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Depuis l’année 2000, Knopfler a pris l’habitude de sortir son album à l’automne. Septembre semblait donc le bon moment pour sortir son nouvel opus, Get Lucky, et nous offrait du même coup une belle occasion de tailler la bavette au téléphone avec le monsieur.


Question : Ton dernier album, Kill To Get Crimson, est sorti il y a à peine deux ans, puis tu es parti en tournée, et aujourd’hui tu sors déjà un nouvel album ; tu passes donc ton temps à travailler et à sortir des disques ?!

Mark Knopfler : (rires) Oui je sais, j’écris tout le temps, c’est ridicule ! Mais, si j’arrête d’écrire, j’arrête d’enregistrer.. et je ne peux tout simplement pas m’arrêter d’écrire.. d’ailleurs, il semble qu’en prenant de l’âge, j’écris de plus en plus… Très franchement, parfois j’aimerais bien arrêter d’enregistrer ! (rires) Mais j’ai toutes ces chansons qui se bousculent dans ma tête. Et puis, j’ai encore plein d’autres projets en tête, différents albums que je veux encore enregistrer. Mais bon.. (il souffle).. je ne voudrais pas t’embêter avec tous mes albums.. je ne veux pas être ennuyeux !


Q : LOL ! Tu ne m’ennuies pas ! C’est fantastique d’avoir tant d’inspiration !!

Mark Knopfler : Oui… et j’ai le sentiment qu’il y a encore tellement de chansons à faire !


Q : Cet album est très intense et personnel ; il y a beaucoup d’éléments autobiographiques et tu évoques de nombreux souvenirs d’enfance : tu n’as pas un peu l’impression de te mettre à poil devant le public ?

Mark Knopfler : C’est vrai que c’est un album très personnel, mais de là à me mettre à poil devant le public… pff, je ne sais pas ! Disons que je parle de ces souvenirs d’enfance qui te collent à la peau et restent omniprésents malgré le temps qui passe.


Q : L’album a été enregistré dans ton propre studio (British Grove Studios) situé dans l’ouest de Londres…


Mark Knopfler
  : (Mark me coupe la parole avec enthousiasme) Oui, mon magnifique studio que j’ai depuis fin 2006! J’aurai attendu tellement d’années avant d’avoir mon propre studio.. c’est tout à fait moi ! Tu sais, lorsque je mets mes chaussettes le matin, j’en enfile d’abord une, puis je m’arrête et je réfléchis pendant un certain temps… et s’il y a une fenêtre, je regarde à l’extérieur, et ensuite j’enfile la deuxième chaussette… et il y a des chances pour que je fasse la même chose avec mes chaussures. Donc, je mets beaucoup de temps pour faire la plupart des choses (rires).. raison pour laquelle ça m’a prit tant d’années avant de construire mon propre studio… mais il est vraiment superbe et je l’adore ! C’est terriblement excitant de travailler dans ce studio. De plus, le système d’aération et d’humidification de l’air est excellent, et rien que ça, c’est vraiment super, parce que les instruments aiment ça et les gens aussi… et il y a aussi une très bonne machine à café ! (rires) Donc, prendre sa moto le matin et venir travailler dans ce studio est un immense plaisir pour moi, et tout cela me fait me sentir particulièrement veinard. Maintenant, je ne vais pas au studio aussi souvent que ça parce que je n’enregistre pas non plus sans arrêt, donc je laisse d’autres personnes l’utiliser.. ce qui m’oblige à rester un peu à l’écart et à faire autre chose.


Q : Tu as enregistré cet album avec tes vieux complices (les producteurs) Chuck Ainlay et Guy Fletcher, mais je crois que tu as travaillé avec de nouveaux musiciens : Phil Cunningham, Michael McGoldrick, et le multi-instrumentiste, John McCusker ; était-ce la première fois que tu enregistrais avec eux ?


Mark Knopfler
: En fait, John fait partie du groupe depuis un certain temps déjà, il avait participé à la dernière tournée et à l’enregistrement du dernier album Kill To Get Crimson, mais c’est vrai que c’était la première fois que je bossais personnellement avec Phil et Michael. Ceci dit, ce n’est pas comme s’ils étaient de parfaits inconnus car ils avaient déjà travaillé avec John et ce sont d’excellents musiciens. Donc, ça a été vraiment bien de jouer tous ensemble et aussi d’enregistrer en configuration live… ça a été une expérience très fun… vraiment, je me sens comme le mec le plus chanceux de la terre. Parce que tu sais, en fait, mes ambitions n’ont pas tellement changé depuis l’époque où j’étais un gosse et où je m’imaginais que ça devait être génial d’être une rock star… mais au fond, la seule chose que je voulais vraiment faire c’était composer des chansons, et c’est ce que je fais… et même après tant d’années, j’y prends toujours autant de plaisir et j’ai toujours envie de faire de bons disques… d’ailleurs, c’est l’idée ; si je peux encore faire quelques bons disques, je serai le plus heureux des hommes !


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Q : Est-ce que ce disque a été long à enregistrer ?

Mark Knopfler  : Non, pas particulièrement. J’ai différentes façons de travailler en fonction des chansons, donc ce sont les chansons qui dictent les différentes approches et la façon dont je vais les mettre en boîte. En général, j’aime bien travailler tout seul en amont sur certaines chansons, un peu comme sur des croquis, ce qui me permet de faire des essais et de connaître un peu mieux la chanson avant d’attaquer le travail en studio avec les autres musiciens.


Q : Je trouve que cet album est dans l’ensemble assez mélancolique ; la plupart des titres sont très calmes et l’on sent que tu reviens non seulement sur ton passé mais aussi à tes racines écossaises et la musique celtique (notamment avec l’usage de flûte genre biniou)…

Mark Knopfler  :  C’est tout à fait vrai… D’ailleurs, c’est étrange parce qu’il semblerait que dès que je commence à écrire sur mon passé, l’humeur des chansons devient souvent mélancolique et que les influences celtiques re-émergent systématiquement.. je ne le fais pas exprès, ça me vient comme ça naturellement. Mais le fait est que j’ai été bercé depuis ma plus tendre enfance aux sons des musiques celtiques, du coup c’est facile pour moi de puiser à cette source, de me la réapproprier pour en faire ma propre version. D’autre part, pour ce qui est du côté mélancolique, c’est vrai que cet album donne l’impression que je suis misérable (rires).. mais c’est faux ! Je ne suis pas du tout une personne mélancolique, mais je pense que lorsque je chante, je donne toujours l’impression d’être mélancolique.. d’ailleurs je n’aime pas ma “voix parlée” parce qu’elle donne l’impression que je suis déprimé et malheureux, alors que je ne le suis pas du tout.


Q : Les gens dont tu parles dans les chansons de cet album sont des personnages fictifs ou des gens qui ont vraiment existé et ont fait partie de ta vie ?

Mark Knopfler : Oui, ils sont en grande partie inspirés de gens que j’ai connus. Par exemple le titre “Get Lucky” est basé sur plusieurs personnes que j’ai rencontrées lorsque j’étais jeune et qui ont marqué ma jeunesse. Il faut savoir que j’ai fait des petits boulots dès l’âge de 16 ans. J’ai eu plein de jobs différents, dans plein d’endroits différents, et j’ai donc rencontré plein de “personnages” différents… et tu sais, certaines expériences sont indélébiles et certaines personnes te marquent à tout jamais. Certaines choses restent avec toi jusqu’à la fin de ta vie. Ces personnes qui travaillaient dans les fêtes foraines et passaient leur vie à sillonner le pays, ou ces saisonniers qui travaillaient en ville pendant un ou deux mois puis partaient ramasser des fruits dans le Sud, je les voyais vivre cette vie, et je les enviais beaucoup ! Pour moi qui étais à l’école, leur vie était synonyme de liberté et de voyage. Je pense d’ailleurs que c’est l’une des raisons pour laquelle aujourd’hui j’aime tellement partir en tournée… cette vieille aspiration à une vie de gypsy ne m’a sans doute jamais quitté,


Q : Pourquoi as-tu choisi d’intituler cet album d’après le morceau “Get Lucky” ?

Mark Knopfler : Eh bien, lorsque je parle avec mes amis, que je vois la vie de certaines personnes et que j’entends les histoires des gens, j’ai le sentiment que l’on a tous besoin d’avoir un peu de chance de temps en temps (« we all need to get lucky »)… particulièrement en ces temps difficiles.


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Get Lucky (Mercury) , sortie : Septembre 2009


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